VIème Congrès de la Fédération des communautés juives de Russie

Mot de bienvenue de M. Jean-Maurice RIPERT, Ambassadeur de France en Russie Jeudi 26 février 2015

Monsieur le Grand Rabbin de Russie,
Mesdames, Messieurs,

membres de la Fédération des communautés juives de Russie, le 6ème Congrès de la Fédération des communautés juives de Russie s’ouvre aujourd’hui, en cette année 2015. Cette année est marquée par les commémorations de la victoire sur le nazisme, mais aussi par la montée des crimes antisémites, comme nous le rappellent, brutalement, les récents attentats en France et au Danemark. Il y a 70 ans, le monde découvrait l’horreur des camps nazis, d’une politique d’extermination, systématique, des Juifs : la Shoah.

6 millions d’enfants, de femmes et d’hommes ont été tués parce qu’ils étaient juifs, tués au cœur-même de l’Europe, continent pourtant synonyme des Lumières, de la tolérance, de la démocratie, et de la liberté.

Il nous incombe aujourd’hui de nous assurer que ce mot de Shoah appartient au passé. Notre travail de mémoire, particulier en cette année d’anniversaires, n’aura en effet de sens que s’il nous éclaire sur notre présent, et nous sert de guide, de signal d’alerte, pour notre futur.

En 2014 les actes antisémites ont progressé hélas en France, en Russie, comme dans toute l’Europe. Ces actes sont des attaques contre le cœur-même de nos sociétés, car chaque manifestation de l’antisémitisme, et du racisme, qu’elle vise un lieu, une personne, un groupe ou une foule, qu’elle soit insulte, geste ou violence, est une attaque contre nos valeurs, contre la liberté.

Cette liberté que le fanatisme et la barbarie cherchent à détruire, c’est tout d’abord la liberté de religion, avec l’attaque contre des Juifs de France puis du Danemark, tués en raison de ce qu’ils étaient, de leur croyance. Mais les terroristes veulent aussi détruire la liberté d’opinion et d’expression : des journalistes ont été ciblés pour ce qu’ils disaient et dessinaient, pour leur engagement, leur insolence, leur esprit critique.
Ces libertés, de religion, de conviction et de conscience, d’opinion et d’expression, sont indissociables, et elles sont l’un des fondements de la démocratie. Les manifestations très nombreuses, de solidarité, qui ont eu lieu partout dans le monde, ont montré l’attachement des populations à ces valeurs, qui sont universelles. Pourtant des voix s’élèvent encore en France comme en Russie qui appellent à la haine. Nos deux pays doivent donc aujourd’hui regarder en face et comprendre ces fractures, pour mieux les combattre, ensemble.

La démocratie est incompatible avec l’intolérance, le rejet et la haine de l’autre. Nous ne transigerons pas avec la liberté, notamment la liberté d’expression. Nous n’accepterons aucune discrimination, quel qu’en soit le prétexte : le genre, la couleur de la peau, la religion, la pratique sexuelle. C’est l’un des engagements qui fondent l’Union européenne. Il est au cœur des valeurs pour lesquelles nous combattons, au nom de la dignité et de la fraternité des hommes et des femmes. M. François Hollande, président de la République française, l’affirmait avec force il y a quelque jours devant le Conseil représentatif des institutions juives de France : « Les juifs sont chez eux en France, ce sont les antisémites qui n’ont pas leur place dans la
République ».

N’oublions pas quelle spirale infernale a conduit à la Shoah : n’oublions pas les pièges de l’intolérance, de l’amalgame, de l’appel à la haine, et du déni des libertés. Vous, communautés juives, connaissez les méfaits de ces pièges. Que ces rencontres soient l’occasion pour vous de débattre du rôle que vous pouvez jouer dans la défense et le renforcement des libertés : car il n’y a qu’en réaffirmant les valeurs qui sont au fondement de la démocratie, que nous assurerons sa résilience.

publié le 27/02/2015

haut de la page