Ukraine/Russie - L’entretien du Premier ministre avec la Gazeta Wyborcza

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8- Le projet de vente des Mistral à la Russie est devenu un vrai boulet pour la France. Comment comptez-vous vous en sortir ?

Le Président de la République a jugé en novembre dernier que la situation à l’est de l’Ukraine ne permettait pas d’autoriser la livraison de ce navire à la Russie. Notre position n’a pas changé depuis. Notre priorité va à la stabilisation de la situation en Ukraine, qui passe par la mise en œuvre complète de l’accord de Minsk et d’un projet politique permettant de sortir de la crise. Cette décision, la France l’a prise souverainement, en dehors de toute pression, en dépit de ses importantes conséquences financières. La France assume ses responsabilités. Il faudra que cela soit reconnu.

9- Quelle est la position de la France sur la question très discutée de fourniture d’armes à l’Ukraine ? Ne craignez-vous pas que si rien ne change en la matière, l’Ukraine deviendra un pays parsemé de cadavres, et que la guerre apparaîtra également sur les territoires de l’UE et de l’Otan, mettant ainsi en péril les intérêts vitaux de la France ? Ne trouvez-vous pas raisonnable de défendre l’Europe plutôt à ses portes ?

Notre position n’est pas de livrer des armes mais des solutions pour la désescalade. Je vous parlais à l’instant de notre Union, de sa force. Nos destins sont désormais liés et je vois mal comment quiconque pourrait menacer notre sécurité collective sans prendre des risques démesurés.

10- Comment estimez-vous l’efficacité des sanctions introduites par les Occidentaux contre la Russie ?

Les sanctions ne sont pas une fin en soi. Elles ont un objectif : contraindre les fauteurs de guerre sans nuire aux populations. Nos relations économiques avec la Russie sont importantes et personne n’a intérêt à encourager leur dégradation et l’isolement de la Russie. Ce que nous souhaitons, c’est le dialogue et le retour de la paix, pas jeter de l’huile sur le feu.

11 - On se souvient de l’excellente coopération de l’Allemagne, de la France et de la Pologne à l’époque de la révolution de Maïdan, illustrée notamment par les négociations menées ensemble par les trois ministres des Affaires étrangères à Kiev en février 2014. Pourquoi, un peu plus tard, la Pologne a été écartée de la table de négociation ? Pourquoi la France et l’Allemagne ont-elles accepté d’entrer dans le « format de Normandie » sans y inviter la Pologne ?

Pour moi, l’essentiel c’est d’être efficace. Je crois qu’il faut éviter le débat un peu artificiel sur les formats à 2, à 3, … Le format de Normandie, c’est-à-dire cette action conjointe du Président Hollande et de la Chancelière Merkel auprès du Président Poutine et du Président Porochenko pour parvenir à un cessez-le-feu et à une solution politique en Ukraine, fonctionne bien. C’est grâce à lui que l’accord de Minsk 2 a pu être signé. Mais la France et l’Allemagne ne sont pas propriétaires d’une solution politique pour l’Ukraine. Il faut les efforts de tous. Il faut la mobilisation de l’Union européenne. Il faut les pressions de chacun et à cet égard la Pologne, par sa situation géographique, par son poids en Europe orientale, a un rôle essentiel. La France et la Pologne ont d’ailleurs un dialogue très étroit sur l’Ukraine. Ce sera un des dossiers importants lors de mes entretiens avec le Président Komorowski et avec la Première ministre Ewa Kopacz.

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publié le 16/03/2015

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