Tribune de l’Ambassadeur pour le supplément Energie de la Nezavissimaïa Gazeta

Tous ensemble pour le climat !

Réussir la Conférence Paris Climat 2015 est notre obligation : nous n’avons pas de planète de rechange.

En décembre, la France accueillera, à Paris, la 21ème Conférence des Nations Unies sur le changement climatique, qui devrait rassembler 40 000 participants, chefs d’Etats et de Gouvernements, ministres, représentants d’associations et d’entreprises de tous les pays du monde.
Le climat, c’est un défi planétaire, le grand défi de la France, mais aussi de la Russie et de tous ceux qui veulent agir pour un monde plus responsable. La Présidence française veut parvenir à un accord de Paris ambitieux : universel – signé par 196 pays – juridiquement contraignant, limitant l’augmentation des températures à 2°C. Ce n’est jamais arrivé.
Nous avons vécu jusqu’à aujourd’hui dans l’idée que la nature était une source inépuisable de ressources, que le rôle de l’Homme consistait à la « domestiquer » pour en tirer toujours plus.

Or les émissions dues aux activités humaines accroissent la concentration dans l’atmosphère des gaz à effet de serre, intensifiant le réchauffement général de la surface terrestre. Depuis 1975 la température mondiale moyenne a ainsi augmenté d’un demi-degré. J’ai été frappé par l’image employée par le grand académicien russe Robert Nigmatouline : « Un demi-degré, ce n’est pas rien. Prenez par exemple la température de votre propre corps – 36,6° vous êtes en pleine forme, un demi-degré de plus et vous êtes malade. C’est l’un des drames du climat. »

Le ministre russe de l’environnement Sergueï Donskoï l’a rappelé récemment : pour la Russie, le réchauffement s’établit à 1,3 degré, soit une augmentation de plus du double de la moyenne globale. Ce qui, en vingt ans, multiplie par quatre le nombre de catastrophes naturelles. Et en effet, en Russie même, des phénomènes extrêmes comme la fonte du permafrost, les incendies de forêt ou de tourbe se multiplient et menacent l’équilibre environnemental du pays. En Sibérie, l’apparition d’énormes cratères montrent de façon spectaculaire que la Russie est directement concernée par les dérèglements du climat.

Ailleurs sur la planète, ce sont des villes voire des pays entiers qui pourraient être rayés de la carte en raison de la fonte de la banquise et de la hausse du niveau des océans. Selon la communauté scientifique, si la hausse des températures mondiales se poursuit, les Pays-Bas et le Danemark pourraient pratiquement disparaitre et le Bengladesh – pays de 160 millions d’habitants – être rayé de la carte.

Le problème est mondial et doit être résolu par une négociation globale engageant tous les pays de la planète. C’est la raison pour laquelle elle se tient dans l’enceinte de l’ONU. La Russie est bien sûr partie à cette négociation. Elle joue, au sein du groupe des BRICS dont elle assure cette année la présidence, un rôle moteur pour que des engagements ambitieux soit pris par ses partenaires, grands émergents dont le positionnement est essentiel pour une réussite de la Conférence de Paris.

Je relève d’ailleurs que, de l’étroite collaboration qui existe depuis de nombreuses années entre chercheurs français et russes en Antarctique sont nées plusieurs grandes idées sur la compréhension des dérèglements climatiques. Jean Jouzel, grand nom de la climatologie, entretient une relation fertile avec la Russie où il a dirigé un laboratoire d’excellence Megagrant à Ekaterinbourg.

Nous sommes à 200 jours de la Conférence de Paris. Cela peut paraître beaucoup ; en fait, c’est très peu. Nous devons convaincre l’ensemble des pays du monde de l’urgence qu’il y a à agir. La prise de conscience a considérablement progressé déjà, et les très gros émetteurs mondiaux – Chine, Etats-Unis – autrefois réticents, ont désormais annoncé leurs objectifs de réduction des émissions de CO2. La France avec ses partenaires de l’Union européenne se sont collectivement engagés résolument en se fixant des objectifs ambitieux – réduire d’au moins 40% ses émissions d’ici 2030 comparées à leur niveau de 1990.

Mais cette question ne relève pas uniquement des gouvernements. Elle dépend de chacun d’entre nous. Et les entreprises ont un rôle majeur à jouer : ce sont elles qui mettront en œuvre les solutions technologiques, techniques, financières, grâce auxquelles nous basculerons vers une économie bas-carbone.

Certains avancent que la crise économique actuelle ne permet pas d’investir dans la modernisation de nos systèmes de production et de consommation. Je crois au contraire que c’est parce que nous sommes en crise que nous pouvons agir. Déjà, les énergies non fossiles – qui ne dégagent pas de gaz à effet de serre – sont compétitives : c’est le cas des énergies hydraulique, géothermique et biomasse. Les dernières estimations de l’Organisation internationale du travail démontrent qu’une hausse des émissions pourrait se traduire par une perte de 7% de la production économique mondiale, alors qu’une économie plus faiblement carbonée pourrait générer jusqu’à 60 millions d’emplois supplémentaires.

Si les bonnes décisions sont prises, le travail de la Conférence de Paris aura des conséquences extrêmement positives sur les acteurs économiques, sur les technologies d’avenir, sur l’emploi et sur la croissance. C’est pour cela que la France veut faire de la Conférence de Paris plus qu’une proclamation. Il faut que de cette conférence sorte un programme, une somme d’engagements.

Pour parvenir à un succès lors de la COP21, il faut travailler sur quatre piliers :

  • Premièrement, un accord universel mais différencié, ayant une portée juridique, qui nous permette de rester sous la barre des deux degrés.
  • Deuxièmement, des contributions de tous les États, notamment en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La Fédération de Russie a soumis sa contribution nationale le 31 mars 2015.
  • Troisièmement, un volet financier, afin de garantir l’efficacité et l’équité de l’accord.
  • Quatrièmement des engagements complémentaires des acteurs non gouvernementaux – les villes, les régions, les entreprises, les associations.

Nous devons faire preuve d’optimisme et de volontarisme pour réussir. Le représentant spécial du président Poutine pour le climat, Alexandre Bedritsky, l’a dit en recevant Nicolas Hulot, envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète et Laurence Tubiana, ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique, à Moscou en mars dernier : l’objectif d’une limitation du réchauffement à 2° est réalisable.

Comme l’a souligné M. François Hollande, Président de la République, à Fort de France il y a quelques semaines : « Nul ne pourra se sauver seul. Nul ne s’effondrera sans que l’ensemble de la biosphère, et de ses capacités de résilience, ne s’en trouve affecté. » Le 11 décembre prochain, nous serons tous gagnants ou tous perdants, alors tous ensemble pour le climat !

publié le 09/06/2015

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