Syrie - Quatre ans de guerre

Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec le quotidien « Le Parisien » (Paris, 12 avril 2015)

(…)
Q - Quatre ans de guerre en Syrie. Plus de 200.000 morts. Ce pays a-t-il un avenir ?

R - La vraie solution à la tragédie syrienne ne peut être que politique. Où en est-on ? Les jihado-terroristes de Daech et Bachar Al-Assad se font face. D’une certaine façon, ils s’épaulent l’un l’autre. Aucun d’eux ne peut être l’avenir de la Syrie. Nous souhaitons que soit trouvé un accord entre des éléments du régime, sans Bachar Al-Assad, et l’opposition modérée. Un accord qui devra respecter toutes les communautés. Et nous agissons en ce sens.

Q - Des députés proches du régime Assad doivent être prochainement reçus par des parlementaires en France.

R - Je suis partisan de la diplomatie parlementaire, mais pas de l’antidiplomatie. Comment ignorer que soutenir Bachar Al-Assad pousserait une grande partie de la population syrienne, par réaction, dans les bras des terroristes ?

Q - Mais ce scénario sans Bachar n’a pas marché jusqu’à présent...

R - Ce n’est pas une raison pour l’abandonner. Avec nos partenaires arabes et américains, nous y travaillons et nous discutons aussi avec les Russes. C’est le rôle des diplomates de trouver des solutions créatives.

Q - Les modifications de frontières font-elles partie des options considérées ?

R - Nous n’y sommes généralement pas favorables, même s’il est vrai que certaines frontières dans la région sont artificielles. Elles ont été découpées sur le papier et ne correspondent pas forcément à une réalité physique. Si vous déclarez que, partout où il existe des mouvements locaux d’opposition, il faut modifier les frontières, alors il n’y aura plus 195 États dans le monde mais plus de 300, avec des conflits de délimitation sanglants et interminables. Ce qui est en cause, c’est la notion d’État.

Celui-ci doit permettre à des communautés différentes de vivre ensemble. Or, au Proche et au Moyen-Orient, beaucoup de pays voient aujourd’hui leur État affaibli ne plus représenter qu’une seule communauté, à l’exclusion des autres. C’est aussi le problème tragique de l’éradication des chrétiens d’Orient, sur lequel la France essaie de mobiliser la communauté internationale. (…)./.

publié le 14/04/2015

haut de la page