Sylvie Bermann : Le président Macron sera heureux de visiter la Russie

Sylvie Bermann, nouvel ambassadeur de France en Russie et première femme à ce poste de toute l’histoire des relations franco-russes, est arrivée à Moscou il y a deux semaines. Elle jouit d’une grande expérience diplomatique acquise dans de nombreux pays, y compris en Russie. Ces dernières années, Mme Bermann a dirigé la mission diplomatique de la France à Londres. Le nouvel ambassadeur, dans son premier interview à un media russe après son arrivée à Moscou, a évoqué les détails de l’initiative française de règlement de la situation en Syrie, de la position de Paris à propos de l’idée de la Fédération de Russie de placer un contingent de maintien de la paix de l’ONU dans le Donbass, et a donné également son opinion sur la situation autour du film « Matilda ». Maria Kiseleva et Kristina Luna-Rodriguez menaient l’interview. - Interview à Ria Novosti

Question : Récemment, le dialogue entre la Russie et la France a repris de manière sensible. Les présidents des deux pays, Vladimir Poutine et Emmanuel Macron, se sont déjà rencontrés deux fois en personne et des négociations ont également été menées à deux reprises au niveau des ministres des Affaires étrangères. Dans un futur proche, quels seront les prochains contacts entre les représentants de la France et de la Russie ?

Réponse : Nous observons une nouvelle dynamique dans les relations franco-russes. Toute une série de rencontres ont eu lieu depuis la fin du mois de mai entre les représentants de nos deux pays. Le Ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov et le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian doivent se rencontrer de nouveau à New-York cette semaine au cours de la réunion de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations Unies. La coopération se poursuit aussi dans le domaine scientifique tandis que des échanges intensifs ont lieu sur le plan culturel. Cette année clôt l’année du tourisme et annonce celles des langues et de la littérature. En mars 2018, la Russie sera l’invitée d’honneur du salon du livre à Paris. C’est une chance formidable de découvrir la culture russe.

Sur le plan économique et financier les échanges s’intensifient également. Avant la fin de l’année se tiendra la rencontre du Conseil économique, financier, industriel et commercial franco-russe (CEFIC) sous la présidence du Ministre français de l’Economie Bruno Le Maire et son homologue russe en charge du Développement économique Maxime Orechkine.

Les rencontres se poursuivent donc à tous les niveaux. Le président de la république sera heureux de répondre à l’invitation en Russie du président Poutine. . Les dates de ce séjour n’ont pas encore été arrêtées.

Question : Cette visite aura peut-être lieu avant la fin de l’année ?

Réponse : Ce sont les présidents français et russe qui décideront de la date.

Question : Un des sujets majeurs des discussions entre MM. Lavrov et Le Drian du 8 septembre dernier fut la situation en Syrie. Précédemment la France a proposé d’organiser un groupe de contact sur la Syrie. Qui en fera partie ? La Russie y est-elle conviée ? Quel est l’objectif poursuivi par ce groupe ?

Réponse : Nous estimons qu’il est important de passer à la phase politique du règlement du conflit en Syrie. Le groupe de contact doit être composé des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, naturellement la Russie y compris. La semaine ministérielle qui se tiendra durant l’Assemblée générale des Nations Unies est toujours très intense et il est évident que des rencontres sur la Syrie seront organisées dans le cadre de cet évènement, notamment au niveau du Secrétaire général de l’organisation.

Question : Outre les cinq pays mentionnés, est-il prévu que d’autres participants soit intégrés à cette initiative ?

Réponse : La décision finale sur la composition du groupe n’est pour l’heure pas encore arrêtée. Des consultations sont actuellement en cours à ce sujet à New-York.

Question : Le Président russe Vladimir Poutine a émis l’idée d’envoyer des forces de maintien de la paix en Ukraine pour assurer la protection de la mission de l’OCDE sur la ligne de contact. Comment cette idée émanant de la Russie est-elle globalement perçue en France ? Est-ce que des représentants russes devraient participer à cette mission ? Estimez-vous que cette mission devrait s’étendre à un territoire plus important ?

Réponse : Nous pensons que cette proposition est intéressante. Elle sera étudiée dans le cadre des Nations Unies. Nous estimons que cette mission doit surtout couvrir tout le territoire du Donbass mais quoiqu’il en soit nous évaluerons la proposition de la Russie.

Question : Quelles sont les positions de la France vis-à-vis du canal de négociations entre la Russie et les États-Unis sur le règlement du conflit en Ukraine (Sourkov-Volker) ? Est-il utile étant donné l’existence du « format Normandie » ? Peut-être que les initiatives supplémentaires ne font qu’entraver la résolution du conflit ?

Réponse : Nous sommes attachés au « format Normandie » mais ne sommes pas opposés à d’autres initiatives privilégiant la négociation, pour autant qu’elles permettent d’aboutir à un résultat positif. Ces initiatives sont complémentaires et peuvent permettre de parvenir à des résultats concrets au sein du format « Normandie ».

Question : Le rythme des initiatives françaises sur le plan de la politique étrangère s’est clairement accéléré. Paris projette-t-elle de jouer un rôle plus dynamique dans le règlement de la situation dans la péninsule coréenne ?

Réponse : Le problème de la Corée du Nord nous préoccupe tous car ce n’est pas une question exclusivement régionale. La Chine et la Russie doivent jouer leur rôle dans la résolution de la crise mais les pays européens également. Le Président Macron a d’ailleurs abordé la question coréenne avec le Président Poutine la semaine dernière. D’une manière générale, la France a l’intention de jouer un rôle plus dynamique sur la scène internationale.

Question : L’OTAN s’inquiète des exercices militaires « Zapad 2017 » que tiendront conjointement la Russie et la Biélorussie. Ces exercices militaires sont-ils vraiment perçus en France comme une menace pour la sécurité du pays ?

Réponse : L’OTAN est une organisation parfaitement transparente et prévisible qui ne manifeste aucune agression envers la Russie. Nous attendons de la Russie qu’elle observe les mêmes principes. La France suit attentivement le déroulement de ces exercices.

Question : Le président des États-Unis Donald Trump a signé en août une loi qui prévoit l’élargissement d’une série de sanctions à l’égard de l’économie de la Russie. En particulier, elle réduit le délai maximal de financement des banques russes soumises aux sanctions américaines. Cette décision offre-t-elle de nouvelles opportunités de coopération économique entre la France et la Russie ou, au contraire, l’introduction de nouvelles sanctions va-t-elle empêcher cette coopération ? En général, comment se positionne-t-on en France face au renforcement de la pression des sanctions américaines sur la Russie ?

Réponse : Ces sanctions ont été décrétées dans le cadre des relations bilatérales entre la Russie et les Etats-Unis mais elles sont porteuses de conséquences pour les entreprises européennes, en particulier françaises, puisqu’elles sont soumises au principe d’extraterritorialité. A l’heure actuelle nous étudions attentivement cette question de concert avec nos collègues du G7 et de l’UE afin de protéger les intérêts des entreprises européennes et en particulier françaises.

Question : La France accorde une grande importance à la question des droits de l’Homme. Lors de sa rencontre avec son homologue russe, le président Emmanuel Macron a attiré son attention sur la situation des droits des minorités sexuelles en Tchétchénie, qu’il a qualifiée d’insatisfaisante. Voyez-vous des progrès dans ce domaine ? Voyez-vous des améliorations, la Russie a-t-elle, selon vous, prêté plus d’attention à la situation des droits de l’Homme dans cette partie de son territoire ?

Réponse : Nous avons fait part de notre inquiétude au sujet de la situation en Tchétchénie, notamment eu égard au sort des personnes appartenant à la communauté LGBT. Pour l’instant nous savons qu’ils sont soumis à un traitement choquant. L’impunité règne là-bas. Il est crucial que la Russie fasse tout ce qui est en son pouvoir pour traduire en justice les personnes complices de telles violations des droits de l’homme.

Une autre question abordée au cours de la récente rencontre des ministres des Affaires étrangères portait sur la situation impliquant le réalisateur Kirill Serebrennikov. Nous pensons que la liberté de création artistique doit être respectée. Kirill Serebrennikov a de nombreux contacts en France. Il a notamment participé au Festival d’Avignon qui est un des plus importants festival de théâtre au monde. Son œuvre artistique a un impact positif sur le développement de nos relations bilatérales.

Question : Puisque nous avons abordé le thème de la culture, quel regard portez-vous sur la situation autour du film « Matilda » ?

Réponse : (rires) Je n’ai pas vu ce film mais j’insiste encore une fois sur le fait que la France est attachée à la liberté de création artistique.

Question : La semaine dernière le Président Macron s’est entretenu avec le Secrétaire général du Conseil de l’Europe M. Thorbjørn Jagland. Quel regard porte la partie française sur le présent conflit entre Moscou et cette organisation ?

Réponse : Le Conseil de l’Europe est une institution très importante et nous estimons que tous ses principes doivent être respectés et que toutes les contributions doivent être honorées.

Photo : © РИА Новости / Валерий Мельников

publié le 20/09/2017

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