Signal fort

Entretien de M. l’Ambassadeur de France, S.E. Jean de Gliniasty, au quotidien « Vetchernyi Mourmansk », 1er septembre 2009

Quel est le but de votre visite à Mourmansk ? Comment pourriez-vous qualifier la coopération entre la Russie et la France dans le domaine énergétique ? Quel est votre sentiment sur les perspectives de travail des sociétés françaises dans le cadre du projet « Gazprom Total Shtokman » ?

C’est avec un immense plaisir que je me rends, pour la première fois depuis ma prise de fonctions, à Mourmansk. Les sept Sénateurs français que j’accompagne ont décidé de consacrer leur visite en Russie aux questions énergétiques. Ils ont choisi de se rendre précisément à Mourmansk parce que le projet Shtokman, conduit par Gazprom, Total et Statoil Hydro, est devenu un symbole de la coopération franco-russe dans le domaine énergétique.

Pour mesurer les enjeux techniques, logistiques et humains d’un projet aussi ambitieux, rien ne remplace un déplacement sur le terrain.

En ce qui concerne les entreprises françaises, si très peu sont à ce jour présentes dans la région de Mourmansk, beaucoup ont exprimé un intérêt pour venir y travailler. Je crois que la décision finale d’investissement dans Shtokman, que les partenaires du projet prendront dans les prochains mois, leur adressera un signal fort.

Shtokman est un sujet important des relations entre la France et la Région de Mourmansk, mais il n’est pas le seul. C’est une aventure humaine au moins autant que technologique. Son succès dépendra, in fine, des femmes et des hommes qui le portent, de leur capacité à se connaître et à travailler ensemble. Tout marche de pair et je compte travailler au renforcement de nos liens économiques, mais aussi éducatifs, linguistiques et culturels.

Tous les pays européens n’ont pas intégré les intentions de la Russie de jouer à jeu égal dans la coopération énergétique. Quel est votre sentiment sur cette question ?

La Russie est l’un des tous premiers acteurs mondiaux de l’énergie et ses positions sont à ce titre très écoutées. Je crois qu’il ne faut pas exagérer la portée de certaines des crispations entre les pays européens et la Russie dans le domaine de l’énergie. Une majeure partie d’entre elles me semble résulter d’incompréhensions. Car au fond, l’UE et la Russie partagent les mêmes préoccupations essentielles : la sécurité de transit et d’approvisionnement, un portefeuille suffisamment diversifié de fournisseurs ou de clients, l’amélioration de l’efficacité énergétique de nos économies.

C’est sur la base de projets concrets que se construit, avant tout, la relation énergétique UE-Russie. Le potentiel pour développer les coopérations institutionnelles et commerciales est immense.

Lorsque nos entreprises s’allient pour développer Shtokman, lorsqu’elles travaillent de pair avec les collectivités pour minimiser les pertes énergétiques des réseaux de chaleur, elles travaillent dans l’intérêt de l’Europe comme de la Russie.

Lors de sa dernière visite à Mourmansk, votre prédécesseur Monsieur de Laboulaye est venu avec les représentants de 20 entreprises françaises qui étaient intéressées par une coopération dans le domaine énergétique, les services urbains, la banque et l’industrie hôtelière. Pourriez vous mentionner des projets communs dans ces domaines ? Quelles priorités pourrait-on définir ?

Vous avez raison de mentionner que l’intérêt des entreprises françaises pour la région de Mourmansk ne se limite aucunement à la sphère énergétique. Les besoins de développement liés au projet Shtokman concernent d’ailleurs tous les secteurs : banque, hôtellerie, grande distribution, BTP, services urbains, etc.

Plusieurs sociétés françaises sont en contact avancé avec des partenaires locaux et je crois pouvoir dire que plusieurs projets significatifs se concrétiseront au cours des prochains mois.

Plutôt que de définir nous-mêmes des priorités, je crois que nous devons identifier celles fixées par Mourmansk et sa région afin de positionner notre offre de la façon la plus adéquate. C’est un des buts de nos rencontres avec les autorités.

Développer la présence française à Mourmansk est un travail de fond : je reviendrai !

La France membre de l’OTAN, et la France qui souhaite coopérer avec la Russie font-elles bon ménage ? Peuvent-elles être en conflit ?

C’est la même France qui est membre à part entière de l’OTAN, membre de l’Union européenne et amie de la Russie. L’OTAN n’est pas dirigée contre la Russie, elle a au contraire un partenariat spécifique avec la Russie auquel les Ministres des Affaires étrangères de l’Alliance et de la Russie, réunis récemment à Corfou, ont donné une nouvelle impulsion. Nous avons beaucoup à nous dire, Union européenne et Russie, en matière économique pour faire un vaste espace économique et en matière de sécurité.

2010 sera l’année de la Russie en France et de la France en Russie, quels seront les événements culturels proposés aux Russes, et plus particulièrement aux habitants de Mourmansk ?

L’année France-Russie 2010 marquera un nouveau temps fort dans les relations culturelles entre nos deux pays, dont vous savez qu’elles sont aussi anciennes que denses : parmi les manifestations les plus emblématiques, je citerai l’exposition des chefs d’œuvres des collection du Musée national Picasso à Moscou et à Saint-Pétersbourg, les tournée russes des ballets de l’opéra de Lyon et de l’opéra de Paris et du théâtre de la Comédie française, les concerts de l’Orchestre philarmonique de Radio-France. Dans un registre plus contemporain, le festival de musiques actuelles des Transmusicales de Rennes s’exportera à Moscou, Samara, Irkoutsk et Sotchi. Cette saison a également vocation à susciter de nouvelles créations artististiques franco-russes, comme « Apocalypse », une création du chorégraphe Angelin Prejlocaj, coproduite avec le théâtre du Bolchoï.

Organisée dans toute la Russie, cette saison fera naturellement étape à Mourmansk. La fin de l’année 2009 verra l’intensification des échanges entre les musées paléontologiques de Mourmansk et de Tende (près de Nice), l’organisation d’un concours de livres réalisés par les enfants – il ne faut pas oublier les plus jeunes ! – et, comme vous l’indiquez, une semaine du cinéma français qui se tiendra à Mourmansk au début du mois d’octobre. S’agissant de l’année 2010, notre Institut français de Saint-Pétersbourg travaille encore à la programmation des actions en coopération avec nos partenaires locaux : la danse contemporaine, la musique classique et le théâtre devraient être à l’honneur. Je tiens à remercier tous ceux qui rendront possible la réalisation de ces projets, en premier lieu les administrations et les institutions culturelles de la vilel de Mourmansk, mais aussi nos partenaires privés, comme la société Total, qui s’implique activement dans la vie culturelle de votre ville.

Angelika KOVALEVA

publié le 14/09/2009

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