Séminaire intergouvernemental franco-russe

M. le Premier ministre Jean-Marc AYRAULT s’est rendu en Russie les 31 octobre et 1er novembre 2013. Il était accompagné de Mme la ministre du commerce extérieur, de Mme la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, du Ministre du redressement productif, de M. le ministre de l’agriculture et de l’agroalimentaire, de Mme la ministre déléguée aux PME, à l’innovation et à l’économie numérique, de parlementaires et de présidents de région, ainsi que de M. Jean-Pierre Chevènement, représentant spécial du gouvernement pour la Russie. Parmi les personnalités accompagnant sa délégation figuraient notamment Marek Halter, créateur des deux collèges universitaires français en Russie, et Jean-Yves Le Gall, Président du CNES.

Lors de ses deux journées de visites, M.AYRAULT a eu de nombreux échanges et contacts avec des entreprises françaises implantées en Russie, avec les autorités russes ainsi qu’avec des représentants de la société civile russe. Il a inauguré le 31 octobre avec M.MEDEVEDEV et avec M. KATAINEN, ses homologues russe et finlandais, le Forum « Open Innovations » consacré à l’innovation et aux nouvelles technologies ; il s’est entretenu avec le maire de Moscou, M.SOBIANINE et, à l’issue du XVIIIème séminaire intergouvernemental franco-russe, a été reçu par M.POUTINE.

Lors de sa visite, M.AYRAULT a souligné qu’en dix ans, les exportations de la France vers la Russie avaient multipliées par cinq, faisant de la France le 2ème fournisseur européen de la Russie. A l’Université Lomonossov, devant des étudiants russes, il a appelé à mettre les échanges culturels et scientifiques entre les deux pays au service de l’innovation et de l’entreprise de modernisation économique et sociale dans laquelle les deux pays sont parallèlement et pleinement engagés.

On trouvera ci-après les propos de M. le Premier ministre lors de la conférence de presse conjointe avec M.MEDVEDEV, donnée à l’issue du Séminaire Inter-Gouvernemental.

Conférence de presse conjointe
1er novembre 2013

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Propos introductif de M. le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault

Je voudrais d’abord dire à Dmitri Medvedev, qui est mon homologue, Premier ministre, chef du gouvernement de la Fédération de Russie, un grand merci pour son accueil ; un accueil chaleureux et qui a marqué cette 18ème édition de notre séminaire intergouvernemental.
Chaque année nous nous retrouvons en effet pour faire le point, pour faire un tour d’horizon pour renforcer la relation franco-russe et l’année dernière j’avais eu l’occasion de faire votre connaissance, pour travailler ensemble de façon efficace. C’est important de se connaître, de s’apprécier, de se parler directement, et c’est ce que nous avons fait encore ici à Moscou depuis mon arrivée hier toute la journée en particulier hier soir au cours d’un dîner tout à fait informel mais très chaleureux et de grande qualité à la fois gastronomique : j’ai découvert les vins russes, ils sont excellents, et puis surtout les qualités humaines et c’est très important. Donc je crois qu’on peut dire sans exagérer que cette 18ème édition de notre séminaire intergouvernemental renforce notre relation et je remercie tous les ministres, d’abord la délégation française et leurs homologues russes d’avoir bien travaillé. Pendant que nous nous retrouvions ils ont eu aussi des échanges et cette réunion il y a quelques instants a montré que le travail avait été très approfondi.
Tout cela s’inscrit dans une histoire, une histoire commune qui unit la France et la Russie. Il y a à la fois une proximité culturelle mais aussi une communauté d’intérêts et cette amitié, sincère, réelle, nous permet d’évoquer tous les sujets dans un esprit de confiance mutuelle et avec franchise. C’est ce que j’ai eu l’occasion de faire en abordant tous les sujets d’actualité. Là il y a aussi des différences d’approche mais toujours en cohérence avec les principes politiques qui animent la République française et les valeurs auxquelles nous sommes profondément attachés.
Ces dernières années notre partenariat s’est considérablement renforcé et à titre d’exemple je voudrais simplement citer que les exportations françaises vers la Russie, en dix ans, ont été multipliées par cinq. Et de fait, c’est vraiment nouveau, cet effort a été payant, la France est devenue le deuxième fournisseur européen de la Russie. Ces échanges reposent sur un principe : le principe de bénéfice mutuel. Nous avons de part et d’autre l’ambition d’imprimer une nouvelle dynamique. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de cette rencontre intergouvernementale, qui permet d’identifier précisément et les accords qui ont été signés le prouvent, les domaines, les projets concrets les mieux à même de nourrir notre partenariat. A l’occasion de tous nos entretiens, Dmitri Medvedev et moi-même, et en particulier de l’entretien bilatéral que nous avons eu nous avons pu mesurer l’ampleur des progrès et en suite en plénière nous l’avons constaté encore davantage. J’en retiens que des perspectives prometteuses existent dans de nombreux domaines, vous venez de les évoquer, j’en ajouterai peut-être un, celui du Grand Moscou et tout ce qui peut être rattaché à la ville durable. J’ai eu l’occasion d’évoquer tous ces thèmes avec M. Sergueï Sobianine, le Maire de Moscou. Je pense aux infrastructures de transport avec la ligne grande vitesse Moscou-Kazan, l’aéronautique, l’espace, avec d’ores et déjà des succès emblématiques. Je pense au Superjet-100 dont nous avons vu la maquette hier, qui est un vrai succès commun, et puis le lancement de Soyouz en Guyane, à Kourou.
La défense, avec la mise à l’eau il y a deux semaines à St Nazaire du premier BPC ; l’énergie où Total, EDF, Gdf Suez accroissent leur coopération avec la Russie. Sans oublier l’automobile, avec ma visite hier matin de l’usine Renault-Avtoframos. L’innovation, qui a
été au centre du forum que j’ai eu le plaisir d’inaugurer avec vous et notre collègue de Finlande. Dans chacun de ces domaines les entreprises françaises sont prêtes à accompagner les efforts de modernisation de la Russie, en nouant des partenariats avec ces acteurs économiques. De même il est essentiel d’encourager les investissements croisés. Mais la relation franco-russe ne se résume pas à l’économie. Je l’ai rappelé hier devant le collège universitaire français, la France souhaite accroître sa coopération scientifique et universitaire avec la Russie, notamment en favorisant la mobilité des étudiants dans les deux sens. Nos deux pays, qui sont membres permanents du Conseil de Sécurité, ont des responsabilités particulières sur la scène internationale. Nous avons donc à examiner les dossiers d’actualité.
Nous avons bien sûr évoqué la Syrie. Nous sommes d’accord pour dire qu’il n’y a pas d’autre solution à cette tragédie qu’un règlement politique. C’est pourquoi il convient de se mobiliser pour que la conférence de Genève-2 puisse se tenir comme prévu, et j’ai rappelé que pour la France, l’alternative n’était pas entre le régime de Bachar el-Assad et les groupes djihadistes. Pour cette raison la participation de la coalition nationale syrienne est indispensable. Il est également urgent de favoriser l’accès humanitaire pour alléger la souffrance des populations civiles. J’ai saisi aussi l’occasion de nos échanges pour remercier à nouveau la Russie de son soutien à l’intervention française au Mali. C’est une intervention à la fois militaire, et maintenant dans le cadre des Nations-Unies avec une force internationale et puis c’est aussi une intervention qui a permis de rétablir la démocratie et la pleine souveraineté de ce pays. Donc merci aussi d’avoir compris et d’avoir soutenu. En conclusion de cette visite, je serai reçu cet après-midi par le Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, auquel je transmettrai l’amical souvenir du Président François Hollande qu’il a rencontré il y a très peu de temps au G20 à St Pétersbourg. Je rappelle que le G20 était sous présidence russe et que nous avons pu progresser, la communauté internationale, pour maîtriser en particulier tout ce qui pourrait porter préjudice au retour de la croissance, la stabilité financière en luttant
notamment contre la spéculation et les paradis fiscaux. Tous ces sujets nous les avons abordés, je ne vais pas les reprendre là maintenant. Il s’agit d’une conclusion de travaux particulièrement réussis à la fois humainement et politiquement à la fois pour la France et à la fois pour la Russie et pour notre coopération dans la durée. Merci Monsieur le premier ministre et merci mesdames et messieurs les ministres français et russes et puis tous ceux qui vous ont aidés pour préparer la réussite de cette conférence intergouvernementale.

Q. (agence de pressse Interfax) : Quelles sont les perspectives de la coopération militaro-technique avec la France et, M. Medvedev, vous avez parlé du Superjet, quelles sont selon vous les possibilités que la France achètent des Superjet.

R., Jean-Marc Ayrault, Premier ministre : Bien sûr les perspectives du marché européen sont très importantes, et sur le Superjet-100 c’est une coproduction, c’était le fruit d’une coopération, il faut s’en féliciter, et je ne vois pourquoi la France ne serait pas fière de ce succès. S’agissant de la coopération dans le domaine militaire, vous l’avez évoqué M. le Premier ministre Medvedev, et j’ai moi-même cité la première livraison il y a deux semaines à St Nazaire, et c’est ma région d’origine, du premier BPC, je dis bien le premier, et il y en aura d’autres, nous avons évoqué des dossiers comme les hélicoptères. A chaque fois que nous avançons s’agissant de la production industrielle dans le domaine militaire nous avons le souci que chacune des parties y trouve bénéfice. Et que nous puissions trouver des solutions qui permettent notamment à l’industrie française et européenne de coopérer avec la Russie et que la Russie puisse aussi avoir des bénéfices en termes d’activité et en termes d’emploi. La coopération c’est aussi une coopération qui concerne notre coordination en matière de lutte contre le terrorisme et contre le trafic de drogues. Nous avons aussi évoqué dans nos entretiens bilatéraux ces deux points qui sont essentiels pour notre sécurité commune.

Q. (BFM TV) : Vous avez parlé d’une relation d’amitié, sincère et profonde de la France et de la Russie, vous avez dit que tous les sujets d’actualité ont été évoqués. Il y a un sujet d’actualité qui est pas mal évoqué en France c’est l’affaire Greenpeace avec plus
de trente interpellations le mois dernier notamment avec un ressortissant français. Je voulais savoir Jean-Marc Ayrault si ce dossier-là avait été évoqué et je voulais savoir si M. Medvedev avait l’intention de faire un geste en faveur de ce ressortissant français.

R., Jean-Marc Ayrault, Premier ministre : Ecoutez j’ai évoqué je vous l’avais dit l’ensemble des questions, et celles qui sont relatives aux droits de l’Homme, et celles qui relèvent de situations judiciaires. Je ne le fais pas en faisant la leçon à la Russie, simplement je rappelle quels sont les principes de droit et la Russie est de toutes façons un pays qui s’est engagé dans de nombreuses conventions internationales, qui fait partie du Conseil de l’Europe, et aujourd’hui beaucoup de citoyens russes comme ceux d’autres pays y compris des Français, lorsqu’ils ont un litige, peuvent saisir la Cour Européenne des Droits de l’Homme donc c’est dans ce cadre aussi, juridique, que les choses avancent. Alors s’agissant du cas de Greenpeace, effectivement, une opération qui a été initiée par une ONG concernant une plateforme pétrolière a donné lieu à des arrestations et à une procédure judiciaire qui est en cours. Et j’ai mentionné dans mon entretien avec M. Medvedev le cas d’un Français qui est actuellement détenu, M. Francesco Pisanu, et j’ai demandé au-delà d’ailleurs des procédures judiciaires qui sont en cours, qu’il puisse y avoir un geste humanitaire à son égard. Tout ce qui peut nous interpeller, notamment en France, et qui peut aussi préoccuper l’opinion publique française, je l’ai abordé avec le Premier ministre en toute franchise et en toute sincérité.

Q. (Golos Rossi) : situation de la zone Euro

R., Jean-Marc Ayrault, Premier ministre  : Le Président Hollande a été élu le 6 mai 2012, il a pris ses fonctions et la tâche à laquelle il s’est consacré immédiatement c’est de tout faire pour stabiliser la situation de la zone Euro, créer les conditions d’un retour de la croissance. Il y a un an si on y pense on était inquiet sur l’avenir de l’Euro lui-même. Aujourd’hui cette question est réglée. Les Etats européens, les gouvernements ont été suffisamment sages pour prendre une décision qui était indispensable pour stabiliser la situation. Et l’union bancaire qui était particulièrement souhaitée est en train de se mettre en marche, c’était d’ailleurs l’un des sujets du dernier conseil européen des 24 et 25 octobre. Il y a encore du chemin à faire mais nous sommes dans un contexte différent, il y a un an, nous étions beaucoup plus en danger, aujourd’hui les indices montrent que la croissance est de retour pour l’année 2013 et qu’elle va se consolider en 2014. C’est cela qu’il faut à tout prix faire, c’est vrai pour la France, c’est vrai pour l’Europe et donc c’est bénéfique aussi pour la relation avec la Russie et l’ensemble des autres partenaires économiques. Donc je crois que c’est très important de rassurer tous ceux qui pourraient aujourd’hui émettre des inquiétudes. Les dirigeants européens, et en particulier la France, ont apporté leur contribution pour stabiliser la situation et créer les conditions d’un retour de la croissance et donc pour l’investissement et donc aussi pour faire reculer le chômage qui est trop important dans la zone euro et qui concerne aussi la France mais pas seulement la France et donc ça reste aujourd’hui la priorité n° 1 des autorités françaises.

Q. (TF1) : ma question s’adresse exclusivement à Jean-Marc Ayrault. Une de vos ministres, Marylise Lebranchu, s’inquiète à la veille d’une manifestation prévue en Bretagne de l’ampleur des dérapages qui pourraient avoir lieu demain. Qu’en pensez-vous, partagez-vous l’inquiétude de Mme Lebranchu ?

R., Jean-Marc Ayrault, Premier ministre  : C’est très important que de rappeler que la France est un pays démocratique et le droit de manifester existe. Si des hommes et des femmes qui s’inquiètent pour leur avenir veulent exprimer un message, ils en ont parfaitement le droit. Et en même temps on ne peut pas construire si on s’engage dans une espèce de spirale de la violence. Donc je souhaite que la manifestation qui aura lieu samedi à Quimper soit pacifique. Et je vais vous dire, c’est le souhait de l’immense majorité des Français, c’est aussi le souhait des Bretons, de tous ceux qui veulent redonner confiance à ce territoire qui connaît, pour une partie, des difficultés économiques, notamment dans le secteur de l’agroalimentaire. Donc on ne résoudra pas les problèmes autrement que par la reprise du dialogue. Le geste que j’ai fait, la décision que j’ai prise, que j’ai annoncée mardi, a permis d’apaiser et de construire un espace de dialogue. C’est le sentiment que j’ai. Je crois que toutes les bonnes volontés, les forces économiques, les forces sociales et les forces politiques acceptent de jouer le jeu du dialogue républicain lorsque des difficultés se présentent pour construire un avenir meilleur pour les populations. Aujourd’hui elles sont invitées à se mettre autour de la table. Le préfet de région a déjà pris toutes les initiatives et ces initiatives vont se poursuivre. Au-delà de la manifestation l’essentiel c’est que tout le monde se mette autour de la table et au travail. Et tel et tel dossier qui présente bien les difficultés et les inquiétudes, à chaque fois le gouvernement mettra toutes les forces autour de la table pour résoudre ces problèmes. Et puis il ne s’agit pas seulement de jouer les pompiers, de résoudre les problèmes issus du passé, il y a des responsabilités que certains ont, ou n’ont pas prises, au niveau politique, sans agir dans l’urgence quand c’était nécessaire, en laissant les choses se dégrader. Ce n’est pas la position de mon gouvernement, mais la situation que je connais aujourd’hui ne date pas d’hier, elle date parfois de longtemps, elle a des responsabilités politiques, elle a aussi des responsabilités de certains responsables économiques qui n’ont pas su attirer à temps l’attention ou prendre
eux-mêmes leurs responsabilités. Donc les polémiques, les spirales de la violence n’aboutiront à rien. Moi je veux que chacun se mette au travail et toutes les conditions sont réunies, des gestes ont été faits pour ça et j’espère bien que après la manifestation toutes les forces soient rassemblées pour aller à l’essentiel, c’est-à-dire résoudre les problèmes, réussir les mutations, assurer la solidarité entre les territoires, entre les citoyens et donner aux régions qui souffrent et notamment la Bretagne toutes les perspectives pour réussir à s’en sortir. E je suis convaincu que nous y parviendrons.

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publié le 06/11/2013

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