Quatre figures de la Résistance entrent au Panthéon

Les 26 et 27 mai, la Nation a rendu hommage à quatre grandes figures de la Seconde Guerre mondiale. Germaine Tillion, ethnologue et résistante, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, ancienne présidente de ATD Quart Monde et nièce du général de Gaulle, Pierre Brossolette, résistant et Jean Zay, ministre de l’Education du Front populaire assassiné en juin 1944, sont entrés au Panthéon.

Le 21 février 2014, lors de la cérémonie d’hommage à la Résistance et au groupe Manouchian, au Mont Valérien, le Président de la République François Hollande annonçait le transfert des cendres de Jean Zay, Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion au Panthéon en tant que « grandes figures qui évoquent l’esprit de résistance ».

  • Geneviève de Gaulle-Anthonioz, la Résistance dans la fraternité (1920-2002)

JPEG « Je ne suis pas une héroïne, mais je revendique le terme de résistante. Au fond, entre la Résistance et ATD, il y a un cheminement commun : le refus de l’inacceptable. »
Geneviève de Gaulle-Anthonioz, 1998.

Geneviève de Gaulle-Anthonioz naît le 25 octobre 1920 dans le Gard. Nièce du général de Gaulle, elle découvre très tôt la menace que représente Hitler en lisant Mein Kampf. L’Armistice de juin 1940 tout juste signé, elle décide de s’engager. Elle se rend à Paris, devient membre du réseau du musée de l’Homme et effectue pour celui-ci des missions de renseignement.

Arrêtée le 20 juillet 1943, elle est déportée le 2 février 1944 à Ravensbrück, où son nom de famille lui fait plusieurs fois frôler la mort.

Libérée en avril 1945, elle milite au sein de l’association des Déportées et Internées de la Résistance où elle n’a de cesse de dénoncer la barbarie nazie, comme en témoigne sa présence au procès Barbie en 1987. Sa vie fut un engagement total.

En 1958, après avoir rencontré le Père Joseph Wresinski, aumônier du bidonville de Noisy-le-Grand, elle décide de fonder le mouvement ATD Quart Monde, dont elle prend la présidence en 1964. En 1998, Geneviève de Gaulle-Anthonioz devient la première femme française élevée à la dignité de grand-croix de la Légion d’honneur.

Elle entre au Panthéon et devient ainsi le symbole du combat des femmes pour la fraternité et la Résistance.

  • Pierre BROSSOLETTE, la Résistance au service de l’engagement citoyen - (1903-1944)

JPEG « Sous la croix de Lorraine, le socialiste d’hier ne demande pas au camarade qui tombe s’il était hier Croix de feu. Dans l’argile fraternelle du terroir, d’Estienne d’Orves et Gabriel Péri ne se demandent point si l’un était royaliste et l’autre communiste. Compagnons de la même libération, le père Savey ne demande pas au lieutenant Dreyfus quel dieu ont invoqué ses pères. Des houles de l’Arctique à celles du désert, des ossuaires de France aux cimetières des sables, la seule foi qu’ils confessent, c’est leur foi dans la France écartelée mais unanime ».
Pierre Brossolette, 18 juin 1943, Albert Hall, Londres

Pierre Brossolette, né à Paris le 25 juin 1903, fut un journaliste et homme politique français, et l’un des principaux dirigeants de la Résistance française. Membre de la Ligue des droits de l’homme (LDH), de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA), initié à la maçonnerie à la Grande Loge de France, il adhère à la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) en 1929.

Promu capitaine avant la défaite de la France en juin 1940, il est décoré avec une première Croix de Guerre pour avoir ramené tous ses hommes avec leurs armes au moment de la retraite de son unité. Interdit d’enseigner par le régime de Vichy, Pierre BROSSOLETTE acquiert une librairie russe à Paris qui sert de lieu de rencontre et de « boîte aux lettres » pour les résistants.

Ayant rejoint le groupe du Musée de l’Homme, il participe à la formation des groupes de résistance Libération-Nord et Organisation Civile et Militaire (OCM) dans la zone occupée. Promu commandant pour le Bureau central de renseignements et d’action - les services secrets de la France Libre, il s’engage officiellement dans les "Forces Françaises Libres" le 29 septembre 1942.

Porte-voix à Londres des combattants de l’ombre, il rend un vibrant hommage aux "Morts de la France Combattante" dans un discours à l’Albert Hall le 18 juin 1943.

La France lui rend à son tour hommage en accompagnant son entrée au Panthéon.

  • Jean ZAY, la Résistance, l’Humanisme, la Laïcité, l’Education - (1904-1944)

JPEG “Les écoles doivent rester l’asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas”.

Jean ZAY, circulaire de 1936

Jean ZAY, né à Orléans, le 6 août 1904, s’est engagé très tôt en politique. Des Jeunesses laïques et républicaines au Parti radical auquel il adhère à sa majorité, Jean ZAY forge sa personnalité aux valeurs de la République. Membre de la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen, responsable de la Ligue de l’enseignement, il se fait initier au Grand Orient de France en 1926.

Très vite remarqué, il est nommé, à 32 ans, ministre de l’éducation nationale et des beaux-arts du Front Populaire. Ses idées pionnières, ses idéaux, font de lui un ministre réformateur au parcours prometteur. Mais la guerre éclate et il démissionne pour rejoindre l’armée française et suivre le sort de sa classe d’âge.

Il décide en juin 1940, après avoir siégé une dernière fois sur les bancs du Parlement, avec 26 autres parlementaires, dont Pierre Mendes-France, d’embarquer pour le Maroc, avant de pouvoir rejoindre l’Angleterre. Arrêté le 15 août 1940, il est renvoyé en métropole et interné le 20 août 1940 à la prison militaire de Clermont-Ferrand. Il devient alors la cible d’une campagne de presse d’une violence inouïe qui réclame la condamnation à mort du « juif Jean Zay » comme juif, franc-maçon, antimunichois, antihitlérien et ministre du Front populaire.

Le tribunal militaire le condamnera à la déportation à vie et à la dégradation militaire. La peine est muée en internement et il est incarcéré au quartier spécial de la maison d’arrêt de Riom.

De sa prison, il poursuit sa réflexion sur la réforme et la rénovation de l’Ecole et prépare l’après-guerre. En 1942, il élabore un projet qui sera porté par l’Organisation Civile et Militaire sur la réforme de l’éducation à la Libération. Il est lâchement assassiné par des miliciens lors d’un faux transfert en juin 1944.

Jean ZAY, par ses engagements, ses convictions, incarne cet esprit de résistance qui ne l’a jamais quitté.

  • Germaine Tillion, la Résistance au service de l’égalité - (1907-2008)

JPEG « Si j’ai survécu, je le dois d’abord et à coup sûr au hasard, ensuite à la colère, à la volonté de dévoiler ces crimes et, enfin, à une coalition de l’amitié, car j’avais perdu le désir viscéral de vivre. »
Germaine Tillion, 1944.

Germaine Tillion, née le 30 mai 1907 en Haute-Loire, est une pionnière.

Diplômée de l’Institut d’ethnologie, elle part en 1934 pour la région des Aurès en Algérie. De retour en France, en juin 1940, elle refuse l’Armistice et s’engage dans la Résistance.

Elle participe à la création du réseau du musée de l’Homme qui offre assistance aux prisonniers de guerre ƒ notamment aux combattants africains démobilisés ƒ collecte les renseignements et publie le journal Résistance. Son réseau est démantelé en 1941 et les arrestations se multiplient, conduisant Germaine Tillion à prendre la tête du réseau.

Dénoncée à son tour, elle est arrêtée en 1942 puis déportée à Ravensbrück en 1943.

En 1946, au sortir de la guerre, elle s’engage dans le combat contre le système concentrationnaire soviétique et, au début des années 1950, elle part en Algérie pour enquêter sur les « événements ». Trois ans plus tard, elle dénonce la torture. Elle fait également siens les combats contre l’esclavage moderne et lutte pour l’émancipation des femmes en Méditerranée.

Elle disparaît en 2008 après avoir voué sa vie à la lutte pour l’égalité entre les peuples.

Germaine Tillion entre au Panthéon et devient ainsi le symbole du combat des femmes pour l’Egalité et la Résistance.

publié le 05/06/2015

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