Le 14 juillet, commémoration de la prise de la Bastille ou de la Fête de la Fédération ? La fête nationale française de la révolution à nos jours.

Pour le monde entier le 14 juillet célèbre la prise de la Bastille, événement emblématique et initiateur de la révolution française, symbole de la prise du pouvoir, de la souveraineté, par le peuple, victoire sur l’absolutisme royal qui prévalait jusque-là en France.

Est-ce si vrai ? Ce n’est qu’en 1880, sous la 3ème république que la France a définitivement adopté cette date, après avoir longtemps hésité, mais en commémoration non pas de la prise de la Bastille mais de la Fête de la Fédération qui eut lieu un an après, le 14 juillet 1790.
Qu’en est-il ?

Au printemps 1789 Paris a peur. Les récoltes ont été mauvaises. Il y a disette (famine) en France. L’instabilité est partout du fait de la situation économique mais aussi politique. Instruit par le siècle des lumières et les idées des philosophes, les Français ne supportent plus l’absolutisme royal et moins encore l’inégalité institutionnelle de cette société à trois ordres : la noblesse, le clergé et le tiers-état.

Louis XVI vient de congédier Necker, populaire, qui tentait de remettre de l’ordre dans les finances du pays. Les troubles sont partout en France. Le roi, qui a pris peur, a appelé des armées étrangères stationnées aux portes de Paris, qui sont prêtes à intervenir. Le tribun et journaliste Camille Desmoulins harangue la population et évoque une imminente « Saint-Barthélémy du peuple » (en référence au massacre des protestants en 1572). Le peuple de Paris est terrorisé. Il décide de s’armer. Les manifestants attaquent l’hôtel des Invalides, célèbre hôpital militaire construit sous Louis XIV où ils saisissent 30 000 fusils et des canons. Mais il leur manque la poudre. Celle-ci est réputée se trouver à la Bastille, la célèbre prison de l’est parisien.

Cette forteresse construite à la fin du 14ème siècle a fait partie du système de défense de la capitale, sur la muraille d’enceinte de Charles V. Elle comporte 8 grosses tours. Surtout, elle sert de prison. Dans les sous-sols humides et sombres sont enfermés les prisonniers les moins fortunés. Dans des appartements plus confortables en haut, avec fenêtre, sont emprisonnés les plus riches. C’est là que résidèrent le marquis de Sade, célèbre pour ses écrits licencieux et blasphématoires, ainsi que Voltaire, très anticlérical. C’est surtout un symbole de l’absolutisme royal, de l’arbitraire. La justice de l’époque était bien plus expéditive qu’aujourd’hui. De droit « divin » le souverain pouvait « embastiller » à peu près qui il voulait.

Au printemps 1789 la révolte couve partout en France. C’est la « grand peur ». La colère du peuple est attisée par le renvoi de Necker, ce ministre des finances suisse qui tentait de remettre de l’ordre dans les finances françaises et était populaire. La Bastille n’est gardée que par une centaine d’hommes. Les émeutiers commencent à parlementer. Ils ne sont armés que de fusils sans poudre, de piques et d’armes blanches. Le ton monte. Les gardes, sous la direction du gouverneur de la Bastille de Launay, ripostent et font une centaine de morts. Six gardes sont tués. Les pourparlers reprennent et finalement les autres gardes se dispersent, les parisiens entrent dans la Bastille. De Launay est tué et décapité à coups de canif et sa tête promenée dans Paris au bout d’une pique. Dans la Bastille, ils ne trouvent que sept prisonniers. En fait, le roi avait déjà pris la décision de faire démolir la Bastille dont l’entretien coûtait trop cher. Peu importe, ce symbole de l’absolutisme royal est tombé. La prise de la Bastille devient le symbole de la prise du pouvoir par le peuple, préfigurant l’instauration d’abord d’une monarchie constitutionnelle telle que préconisée par les philosophes des lumières (Rousseau, Voltaire, Diderot, d’Alembert, Montesquieu…), mais aussi telle que pratiquée au Royaume-Uni voisin. Alors que le Roi de France restait un monarque absolu, son voisin britannique était un monarque constitutionnel depuis au moins deux siècles qui voyait ses pouvoirs limités par le parlement.

Ce n’est que le lendemain que Louis XVI appris la prise de la Bastille par le peuple et eut une répartie célèbre : « c’est une révolte ? », « Non », répondit le duc de la Rochefoucauld qui le lui rapporta, « c’est une révolution ». Immédiatement les nobles à Versailles prirent peur. Plusieurs quittèrent la France. Beaucoup pressèrent le roi de réagir fermement, d’envoyer les armées étrangères stationnées autour de Paris pour réprimer le mouvement. Il refusa, pour laisser les états-généraux, c’est-à-dire l’assemblée des trois ordres, noblesse, clergé et tiers-état (le peuple) poursuivre ses travaux et proposer des réformes.

Le 4 août, les états-généraux abolirent les privilèges dont jouissaient les nobles et le clergé : ils ne payaient pas d’impôts, étaient jugés par une justice spéciale. Le peuple pouvait être soumis à des corvées, des travaux d’intérêt général.

Le 26 août fut adoptée la déclaration des droits de l’homme et du citoyen dont le préambule est célèbre : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits », qui annonce bien sûr l’abolition de l’esclavage.

Mais le roi reste le chef de l’État et il n’est pas encore question de le renverser. La révolution vient de commencer. Elle se poursuit toute l’année qui suit.

Le 14 juillet 1790 on décide de célébrer la prise de la Bastille par une grande fête. Arrivent les « fédérations », c’est-à-dire les délégations de gens d’armes et citoyens de toutes les villes et villages de France, de ses 83 départements, qui défilent avec leurs drapeaux, leurs fanfares. Un discours laïc est prononcé par l’évêque de Talleyrand sur un grand autel dressé au centre. On érige des gradins à la façon d’un amphithéâtre antique avec un arc de triomphe. Le roi, la reine et le dauphin sont là. Sur un cheval blanc le marquis de Lafayette remet au roi la nouvelle constitution sur laquelle celui-ci prête serment. Il s’engage à la respecter et à la défendre. De manière totalement inattendue la reine alors se lève à son tour avec le dauphin dans les bras et s’engage à son tour pour elle et pour le dauphin (le fils roi ou prince héritier).

La foule très nombreuse les acclame et crie « Vive le Roi, vive la Reine, Vive Monsieur le Dauphin ! ». Les fanfares jouent de la musique, un grand banquet populaire est servi, puis on danse. C’est une grande fête d’unité et de réconciliation du roi avec le peuple et l’espoir d’une nouvelle ère.

Dès 1791, l’esprit n’est plus le même. Le 20 juin le roi et la famille royale ont décidé, après avoir longtemps hésité, de quitter la France pour se réfugier à l’étranger. Mais ils sont reconnus et emprisonnés. Le peuple n’a plus confiance.

L’histoire se poursuit et la fête nationale française au 19ème siècle est célébrée à des dates variables.

Napoléon instaure le 15 août, date de son anniversaire, instituée comme la « Saint-Napoléon ». Charles X impose la Saint-Charles. Ce n’est que sous la 3ème république, en 1880 que l’on décide d’instaurer définitivement une fête nationale pour la France.

On propose plusieurs dates rappelant la révolution, le 4 août, le 26. Mais c’est rapidement le 14 juillet qui s’impose, pour commémorer officiellement non pas la prise de la Bastille mais la Fête de la Fédération de 1790, symbole bien plus pacifique, de joie et d’unité nationale. Les partisans de la prise de la Bastille (14/07/1789) acceptent cette ambiguïté. Cette coïncidence permet de réconcilier tout le monde après une révolution qui a connu aussi bien des heures sanglantes. En fait, bien entendu, la signification qui s’impose dans tous les esprits est celle de la prise du pouvoir par le peuple… Mais à l’origine l’idée était celle de la commémoration d’une date bien plus pacifique qui a été celle d’une fête qui ressemble déjà beaucoup à celle d’aujourd’hui : défilés, musique et danse.

Désormais, notre fête nationale se déroule toujours toute la journée : le matin, cela commence par un grand défilé militaire dans Paris, qui se termine sur les Champs Élysées avec la « patrouille de France » (avions de chasse) qui survole Paris avec des panaches de fumée bleus, blancs, rouges. Le soir sont organisés des bals populaires dans toute la France avec des feux d’artifice, celui de Paris étant le plus spectaculaire.

Depuis, le 14 juillet a été célébré avec un éclat particulier à certaines dates : en 1919, c’est la fête de la Victoire. Le 14/07/1945 est précédé de 3 jours de festivités populaires. Le défilé sur les Champs Élysées est imposant avec 1000 blessés de guerre qui défilent.

En 1989 nous avons célébré le bicentenaire de la révolution française avec un spectacle grandiose et de nombreux chefs D’État étrangers invités.
Le 14 juillet 1994 a été placé sous le signe de la réconciliation franco-allemande avec l’Euro-corps, ce corps d’armée européen créé autour de la France et de l’Allemagne. Pour la première fois depuis la 2ème guerre mondiale des soldats allemands ont défilé à Paris.

En 2010, à l’occasion du 50ème anniversaire des indépendances des pays de l’Afrique francophone, 14 chefs d’États africains ont été les invités d’honneur.
Enfin, en 2007, les 27 pays de l’Union Européenne étaient représentés.

Et bien sûr, en 2018, notre fête nationale s’est déroulée dans un enthousiasme particulier, la veille de la victoire de la France au mondial de football en Russie à laquelle nous rêvions tous ! Nous étions tous ravis de voir la France en finale !

Cette année, c’est autre chose. Le défilé militaire est réduit à 1000 personnes, sans autre spectateurs que quelques invités. La cérémonie est dédiée aux personnels soignants, aux personnes en première ligne de ce combat contre la pandémie et en particulier à ceux, parmi eux, qui ont perdu des proches. Pour éviter les rassemblements il n’y a pas de bals. La très grande majorité des villes françaises n’ont pas programmé de feu d’artifice./.

publié le 15/07/2020

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