Interview de l’Ambassadeur de France au mensuel « Ekologia i pravo » (15 octobre 2012)

Jean de Gliniasty : les autobus de Lille et de Toulouse roulent au biocarburant

Propos recueillis par Lina Zernova

-  Aujourd’hui 80 de l’électricité produite en France est nucléaire. Quels sont les projets de diversification énergétique des autorités françaises ?

La conférence environnementale ouverte par le Président de la République le 14 septembre dernier a confirmé les objectifs à long terme de la politique énergétique française. Ceux-ci prévoient une réduction à 50% de la part du nucléaire dans la production d’électricité française d’ici 2025 et un développement des sources d’énergie renouvelables, qui devront représenter en 2020 36 millions de tonnes équivalent pétrole contre 16 millions en 2005, soit un doublement en quinze ans. Les impératifs de la préservation de l’environnement (lutte contre le réchauffement climatique et protection de la diversité) et les tensions sur les matières premières provoquées par la hausse de la population mondiale (9 milliards d’homme en 2050) et la croissance économique des grands émergents rendent indispensables la définition et la mise en œuvre d’une politique énergétique à long terme qui repose sur un « mix » équilibré entre les différentes sources d’énergie.

-  Le gouvernement encourage-t-il les investissements dans les énergies renouvelables, et de quelle façon ? Quelles sont les priorités ? Qu’est ce que l’ « énergie bleue » ?

L’Etat garantit aux producteurs d’électricité d’origine renouvelable (hydraulique, éolien, solaire, géothermie, biomasse) le rachat de leur production à un prix supérieur au prix du marché afin de garantir la rentabilité de leurs investissements, ces prix étant régulièrement révisés par décret. Les biocarburants, en particulier ceux provenant des déchets agricoles, ou le biogaz auquel roulent déjà les autobus de Lille et de Toulouse, présentent à l’évidence une alternative intéressante au pétrole ; les chercheurs français, et en particulier l’Institut français du Pétrole, travaillent donc sur les carburants de demain, qui devront être moins émetteurs de CO2 (c’est déjà le cas) mais surtout ne pas se développer au détriment des cultures alimentaires.
L’énergie bleue est l’énergie des vagues et des courants. La France fut pionnière dans ce domaine en construisant la centrale marémotrice de la Rance dans les années 60, qui produit aujourd’hui entre 500 et 600 millions de kwH/ an. Aujourd’hui, les chercheurs travaillent sur les courants sous-marins, des modèles d’hydroliennes sont testées sur les côtes françaises et la ville de Bordeaux projette déjà leur utilisation pour l’éclairage public, dont elles pourraient assurer 20% de l’approvisionnement en énergie.

-  Existe-il en France un Fonds pour la rénovation des systèmes de chauffage ?

En France, le dispositif d’encouragement au développement des énergies durables repose sur des incitations fiscales, comme le crédit d’impôt sur les investissements ayant pour but l’amélioration de la performance énergétique où la TVA réduite sur les travaux d’isolation. Des dispositifs bancaires existent en outre, comme le prêt d’amélioration de l’habitat à taux 0 (20 000 euros maximum pour les particuliers).
L’Etat, les régions et l’Union européenne financent par ailleurs de nombreux projets d’amélioration de l’efficacité énergétique des équipements collectifs, tels les systèmes de chauffage urbain.

-  Quelle est la nouvelle stratégie du gouvernement français en matière d’écologie ? Quelle est son origine ?

La nouvelle politique environnementale qui vient d’être présentée est la traduction du programme électoral de la majorité présidentielle. Mais elle est aussi l’héritière directe de toutes les politiques publiques qui lui ont succédées. Depuis la création en 1971 d’un ministère de l’Ecologie, dont le périmètre d’action n’a cessé de s’agrandir pour inclure aujourd’hui l’aménagement du territoire, les transports et l’énergie, la France n’a cessé d’intégrer toujours plus les grands principes du développement durable dans ses politiques publiques, et notamment la composante environnementale. L’objectif principal de la politique environnementale française est la lutte contre le réchauffement climatique, la préservation de la biodiversité et des biens publics mondiaux dont notre territoire est doté (eau, air, sols, zones humides). Le ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie est chargé de sa mise en œuvre en réglementant les secteurs du transport, de la construction et de l’énergie.

-  Quelles sont les normes d’économie d’énergie des logements ? Les citoyens sont-ils incités à investir dans les nouvelles technologies ?

Le bâtiment représente 43% de la consommation totale d’énergie en France. Dès le premier choc pétrolier de 1973, qui marqua la fin de l’énergie à bon marché, des normes plus sévères en matière d’isolation des logements neufs furent adoptées, qui ont été depuis régulièrement révisées. Le logement ancien, qui représente la majorité du parc immobilier français, bénéficie d’aides visant notamment à améliorer l’isolation des bâtiments, comme le prêt à taux 0 pour l’amélioration de l’habitant. Les matériaux d’isolation utilisés sont très divers, puisqu’aux isolants classique comme la laine de verre, la laine de roche se sont rajoutés d’autres matériaux comme le liège (léger, durable, et très efficace) ou les isolants développées à partir de mousses de polymère. Le double vitrage s’est également généralisé à l’ensemble du pays ces trente dernières années. Les diverses incitations qui à l’investissement dans les économies d’énergie, que ce soit dans le logement ou le transport, qui sont les deux domaines où les citoyens de la planète peuvent réduire leur consommation d’énergie, ont joué leur rôle dans la compétitivité économiques des technologies vertes. Car c’est cela qui compte avant tout pour les ménages comme pour les entreprises : le prix. Le marché prend progressivement le relais, comme l’illustre le développement de la filière des métiers de l’environnement et des technologies vertes en France, où elle crée quatre fois plus d’emploi chaque année que la moyenne nationale et représente aujourd’hui 500 000 emploi, qui sont par définition durables.

-  La France a-t-elle un plan pour réduire les émissions polluantes de ses véhicules ? Quelle est la part de l’automobile dans les déplacements en France ? Les infrastructures de transport seront-elles modifiées ?

Aujourd’hui, les transports représentent 27% des émissions de gaz à effet de serre et 17% de la consommation d’énergie en France. Si l’on excepte le transport aérien, encore marginal en terme d’émission de CO2 par rapport aux transports terrestres, en 2008 84, 2% des déplacements des Français étaient effectuées en automobile, et 15, 8% dans les transports en commun. Ce chiffre place la France un peu au-dessus de la moyenne communautaire. Mais contrairement à la tendance générale observée dans l’UE où la part de l’automobile continue d’augmenter, elle diminue en France, puisqu’en 2000 86, 3 % des déplacements des Français se faisaient en automobile. Avec la montée des prix du carburant, ce monde de transport devient moins concurrentiel. La part du train remonte (10, 1% des transports de passagers en 2008 contre 8,6 en 2000).
L’automobile, pour autant, ne disparaîtra pas de notre paysage, elle est irremplaçable par la flexibilité qu’elle offre sur le réseau de transport le plus étendu qui soit, celui des routes. Mais elles consomment de moins en moins (à cet égard les petites cylindrées françaises sont exemplaires de sobriété) et rouleront de plus en plus à l’électricité, dont la production est moins émettrice de gaz à effets de serre, en France du moins où 80% de l’électricité est produite sans émissions de CO2 puisque d’origine nucléaire ou hydraulique.
Quant aux infrastructures de transports routiers, elles sont en grande partie réalisées en France après les grands travaux autoroutiers des années 70,80 et 90 qui a vu la France se doter du plus moderne réseau d’autoroutes d’Europe. L’accent est désormais davantage mis sur des politiques de régulation du trafic routier et d’amélioration des axes existants que sur des grands travaux d’infrastructures. Après la réalisation du viaduc de Millau, les prochains grands chantiers seront surtout ferroviaires, avec la prolongation des lignes du réseau TGV et l’extension du réseau ferré de la région du « Grand Paris » où vit un Français sur six.

-  Quels sont les résultats des expériences de limitation de la circulation menées dans les villes français, comme à Paris, Saint-Denis, Lyon, Grenoble par exemple ?

Les mesures auxquels vous faites référence s’inscrivent dans un mouvement français, européen et mondial plus large qui consiste à rendre la ville à ses habitants en y diminuant les nuisances de l’automobile. Pour ce faire, des limitations au stationnement et à la circulation sont apportées, tandis qu’une offre alternative est développée par l’encouragement d’autres modes de transport tel que les transports en commun ou la bicyclette. A Paris par exemple ont été mises en place de bornes pour bicyclette, les « Vélib », et cet expérience a été étendue à toutes les grandes villes françaises. A Toulouse, la construction du métro s’est accompagnée de celles de grands parkings aux stations terminus pour éviter l’engorgement du centre ville.
Il est évidement que de telles mesures ne sont toujours bien acceptées par nos concitoyens, ce qui est logique : personne n’aime bouleverser ses habitudes, et puis la voiture n’est pas qu’un moyen de transport mais aussi le symbole de la liberté d’aller et venir.

-  Y’a-t-il en France des associations financées par des fonds étrangers ? Comment sont-elles perçues dans le pays ? Quels sont les moyens allouées par l’Etat au secteur associatif ?

Dans le premier cas, oui, bien sûr. Les associations financées par des fonds étrangers ont toujours eu droit de cité en France, même si elles furent longtemps soumises à un régime spécial qui en facilitait l’interdiction pour des motifs d’ordres publics. Ces dernières restrictions ont été levées en 1981, et leur existence en France est une chose admise qui ne fait pas débat.
En France, seule une petite partie (10%) des associations, qui sont un million au total, bénéficient d’aides publiques. Le gros des subventions publiques (partagées entre l’Etat et les collectivités locales) représente environ 30 milliards d’euros par an qui sont répartis en 22 000 associations, surtout dans le domaine médicale et social.

-  Et quelle est la part les crédits publics consacrés chaque année à l’écologie ?

Si l’on prend en compte le budget du ministère de l’Ecologie, des agences qui en dépendent et les exemptions fiscales accordées, environ 50 milliards d’euros est consacré par l’Etat en France à la protection de l’environnement au sens large.

publié le 23/10/2012

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