Interview de l’Ambassadeur au journal "Rybinskie Izvestia" (3 octobre 2012)

Monsieur l’Ambassadeur, quelles sont les priorités de coopération entre la France et la Russie ?

Renforcer nos relations économiques pour promouvoir des échanges humains, scientifiques et culturels plus larges et plus approfondis. L’année France-Russie de 2010 a défini les grandes lignes de notre coopération pour la décennie à venir dans tous les champs de la coopération franco-russe (recherche et enseignement, spatial, nucléaire et innovation, projets industriels, jeunesse et enseignement des langues, culture, coopération militaire, la liste est infinie !), et nous les mettons en œuvre pour atteindre cet objectif. La qualité de la relation politique nouée de longue date avec nos partenaires russe nous permet chaque jour de progresser dans cette voie.

Quel rôle les Alliances françaises jouent-elles dans ce processus ?

Les Alliances françaises jouent un rôle essentiel dans la diffusion et la promotion de la langue et de la culture française dans les régions russes, où elles seront désormais douze après l’ouverture de l’alliance française de Rybinsk. Les nombreux amis de la France que compte la Russie n’habitent pas tous à Moscou ! Grâce aux Alliances françaises, on peut apprendre le français, lire des livres et des journaux et voir des artistes de notre pays de Saint-Pétersbourg à Vladivostok, en passant par Nijni-Novgorod, Kazan, Novossibirsk, Irkoutsk, Voronej, Rostov, Saratov, Togliatti, Samara, Ekaterinbourg, et désormais Rybinsk ! J’attache donc beaucoup de prix à ces maisons de la France réparties sur tout le territoire russe que je visite le plus souvent possible.

Quels programmes communs seront-ils développés dans les domaines de l’éducation, de la culture, des sciences et des échanges universitaires ?

Le grand évènement en cours est bien entendu la saison franco-russe de la langue et de la littérature. La France a été invitée d’honneur au salon du livre de Moscou il y a quelques semaines, après que la Russie eût été honorée lors du salon du livre de Paris en mars, et de nombreux écrivains contemporains français représentant tous les styles et toutes les tendances sont venues à la rencontre du public russe. Une exposition sur les relations intellectuelles franco-russes au XXe siècle vues au travers de documents diplomatiques clôturera cette saison, dont je itres d’ores et déjà un bilan satisfaisant.
Notre coopération universitaire et scientifique continue de se développer en s’appuyant sur les centaines de partenariats noués entre universités et centres de recherches français et russes. Les quelques 5000 étudiants russes qui viennent en France chaque année, et les Français toujours plus nombreux à venir en Russie, même s’ils devraient être plus nombreux à mon goût, illustre le dynamisme de cette coopération qui prépare les succès scientifiques franco-russes de demain. Et je suis aussi à Rybinsk pour fêter les succès d’aujourd’hui, dont la réussite du projet de moteur d’avion commun par la société NPO-Saturn installée dans votre ville !

Rybinsk est récemment entré au nombre des villes-partenaires des Alliances Françaises. Pour autant que je sache, d’autres villes telles que Krasnodar et Voronej – d’importants centres régionaux, ont également été choisies. Pourquoi le choix de notre ville a-t-il été effectué ?

Ce qui compte avant tout et en premier lui est l’initiative locale. Ensuite, la décision d’ouvrir une alliance, est prise en tenant compte de plusieurs facteurs, financier car ces structures ont un coût, de la demande locale, du bassin de population, des relations existantes de la région avec la France….j’imagine que ce sont toutes ces considérations qui ont conduit l’Alliance française de Paris à choisir Rybinsk, car c’est l’Alliance française de Paris qui décide, et non l’ambassade. Je tiens à remercier ici tous ceux et celles qui ont rendu possible la création de cette alliance ici, car rien ne se serait fait sans leur enthousiasme, ainsi que la société française Safran, soutien de l’alliance dans cette ville qui est devenue un peu la sienne. Je souhaite plein succès et bonne chance à l’équipe de l’Alliance et à sa directrice, Irina Frelykh, dans cette belle aventure qui commence !

Les artistes français sont très appréciés en Russie. Avec une Alliance Française en place à Rybinsk peut-on s’attendre à la venue de stars françaises dans notre ville ?

Bien sûr, l’Alliance française développera un programme culturel qui sera proposé aux habitants de Rybinsk et de la région et aux hôtes de passage. Cinéma, arts de la scène, musique, théâtre, toute la création française contemporaine dans sa diversité viendra ici.

Dans un entretien vous avez dit que vous aimiez vous promener en Russie. Qu’est ce qui vous attire dans ces voyages ? Pensez-vous qu’une petite ville comme Rybinsk peut devenir attractive pour les touristes français ?

La compréhension d’un pays ne se réduit jamais à sa seule capitale : ne serait-ce que pour cela, je me dois de parcourir le pays pour mieux le connaître et mieux y faire entendre la voix de la France. C’est d’autant plus nécessaire quand le pays en question est le plus grand et un des plus peuplés de la planète, qu’il a avec mon pays une longue relation d’amitié que je dois contribuer à renforcer, et que ces régions recèlent un formidable potentiel de développement économique encore largement ignorés des entreprises françaises, même si la situation à cet égard s’est très nettement améliorée ces cinq dernières années.

Et puis, quel plaisir de voyager à travers cette multitude de paysages si divers, des monts du Caucase aux plaines de la Sibérie occidentale, des plaines fertiles du Kouban à l’immense taïga de la Sibérie orientale, de la mer Baltique au Pacifique. La Russie est une source de découvertes inépuisable, et je suis sûr que les touristes français, encore trop peu nombreux en Russie, auront à cœur de venir visiter une des cités les plus anciennes de l’Anneau d’or, dont le patrimoine architectural et le site valent certes mieux qu’un détour. Pour cela, Rybinsk doit se faire connaître auprès des touristes étrangers.

Qu’est ce qui, selon vous, unit les peuples russe et français ? Et en quoi sommes-nous différents ?

Français et Russes ont, je crois, des modes de vie similaires qui laissent une large place au facteur affectif dans les relations humaines, y compris professionnelles, accordent aux plaisirs de la table et de la conversation entre amis le temps nécessaire. Ce sont également deux peuples intellectuels profondément épris de cultures, au sentiment national affirmé par une longue et brillante histoire.
Histoire qui explique aujourd’hui certaines différences entre nous, d’ailleurs : entre 1917 et 1991, France et Russie ont suivi deux voies séparées qui les expliquent en grande partie. Français et Russes ne seront de toutes façons jamais les mêmes, et c’est tant mieux, car la richesse de notre monde réside dans sa diversité culturelle dans toutes ses facettes.

De l’expérience russe (dans les domaines de la culture, des relations interpersonnelles, habitudes, arts culinaires), qu’estimez-vous le plus important ? Et que recommandez-vous à vos amis de France ?

Je ne manque pas de recommander à tous mes amis et tous mes visiteurs de goûter à tous l’éventail des mets de la cuisine russe, qui comme la française est généreuse et ouverte aux influences extérieures. J’apprécie également cette chaleur qui préside aux rapports humains. Tous les Français que je connais en Russie s’y plaisent, été comme hiver, et j’en vois plus arriver que partir.

Monsieur l’Ambassadeur, dans un entretien vous avez dit que votre grand-mère était officier de l’armée russe, avant d’avoir émigré en France après la Révolution. Avec lui, vous avez lu les fables de Krylov, qui vous ont offert la possibilité de ressentir la musicalité de la langue russe. Que conseilleriez-vous aux écoliers et étudiants russes qui apprennent le français pour ressentir les charmes de votre langue maternelle ?

Je conseillerais aux premiers la lecture des grands classiques de la littérature enfantine française, de Jules Verne à Alexandre Dumas en passant par Hector Malot. Et la bande dessinée, mais oui ! Sous-estimée et dévalorisée en Russie car mal connue, la bande dessinée a en France depuis longtemps droit de cité dans les académies, les universités et les bibliothèques des érudits, et nous voudrions qu’il en soit de même en Russie, un pays qui a une riche tradition graphique et picturale qui a exercé une influence considérable sur les illustrateurs français pour enfants du XXe siècle. J’attire l’attention des étudiants sur la littérature française contemporaine, si riche et si diverse, de Michel Houellebecq, Amélie Nothomb et Frédéric Beigbeder à Bernard Werber, Guillaume Musso et Marc Lévy, il y en a pour tous les goûts. Je conseille bien entendu aussi d’aller fouiller dans les rayonnages des bibliothèques des Alliances françaises ou de surfer sur le Wikipédia francophone, qui contient aujourd’hui plus d’un million d’articles !

Propos recueillis par Olga Grjybovskaïa

publié le 09/10/2012

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