Interview de l’Ambassadeur à la Lipetskaïa Gazeta (12 octobre 2012)

«  Les Français aimeront votre eau minérale !  »

Propos recueillis par Viktor Smirnov

-  M. l’Ambassadeur, vous n’avez sans doute pas choisi d’aller à Lipetsk par hasard. Qu’est ce qui vous intéresse en premier lieu dans notre région ?

Je suis venu ici en compagnie d’une délégation de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe, qui fédère plusieurs centaines d’entreprises russes et françaises, pour visiter une région qui figure parmi les plus dynamiques de Russie sur le plan économique. J’ai évoqué avec le gouverneur Korolev et les entrepreneurs français et russes que nous avons rencontrés ensemble les perspectives de coopération économique entre Lipetsk et la France, qui accompagnent la croissance des échanges commerciaux franco-russes, qui représentent aujourd’hui 40 milliards d’euros par an, la France étant par ailleurs l’un des premiers investisseurs étrangers en Russie. J’ai enfin visité deux installations agroindustrielles à capitaux français dans le raïon de Dobrinski.

-  Il y a longtemps que des sociétés à capitaux français, comme la sucrerie de Dobrinsky mais aussi d’autres, sont implantées dans la région de Lipetsk. Quelle appréciation portez-vous sur cette coopération, et quelles sont les perspectives de son développement ?

J’ai visité la porcherie industrielle « Otrada GEN », à capitaux français, qui a lancé l’année dernière un ambitieux plan de développement qui doit à terme porter sa production de viande porcine à plus de 50 000 tonnes par an. Les investissements réalisés ont été considérables, de l’ordre du milliard de roubles pour cette seconde ferme d’une série de huit mais plus que le volume de production, ce sont les transferts de technologies qui constituent le principal intérêt de cette installation : : la construction utilise des éléments innovants produits par « Eurolsats », autre société à capitaux français installée à Lipetsk, qui permettent de diminuer de 30% les coûts de constructions habituels.
La génétique porcine « Danbred » produite par Otrada Gen pourra être diffusée de Lipetsk à tout le pays. Elle permet de considérables gains de productivité qui permettront aux producteurs russes de lutter à armes égales avec leurs concurrents étrangers, qui seront encore plus actifs après l’adhésion de la Russie à l’OMC.

J’ai également visité la sucrerie de Dobrinski, l’une des plus grandes de Russie, qui a été rachetée par la société françaises « Sucden » en 1997. C’est réellement une installation impressionnante par sa dimension mais aussi sa modernité.

De tels projets favorisent l’emploi et créent de la richesse sur place : dans l’agroalimentaire, les emplois sont difficilement délocalisables. Ce sont les investissements pérennes dont une collectivité territoriale à besoin pour se développement économiquement, mais aussi socialement et culturellement, et c’est ce que les pouvoirs locaux de la région de Lipetsk ont compris depuis longtemps, peut-être même avant les autres.

Tant les sociétés « Otrada GEN » que la sucrerie de Dobrynski sont positionnés sur des marchés structurellement en croissance, la demande mondiale de sucre ne cessant d’augmenter dans les grands pays émergents, et la Russie étant un des plus gros consommateurs de viande porcine de la planète. Je suis donc très optimiste sur les perspectives de développement de ces sociétés dans la région de Lipetsk et en Russie.

-  On pourrait présenter la région de Lipetsk aux milieux d’affaires français pour présenter son potentiel économique, qui repose notamment sur les zones économiques spéciales, tant fédérale (comme la zone économique spéciale de Lipetsk) que régionales (il y en a 8 dans la région). Ceci intéresse-t-il les investisseurs français, et comment pourriez-vous encourager ces coopérations ?

Vous savez, le monde est vaste et les investisseurs ont le choix. Les entreprises françaises s’intéressent maintenant à la Russie, puisqu’elles sont plus de 6 000, des plus grandes aux plus petites, à vendre, acheter ou investir dans votre pays. Mais comme il est logique, la plupart sont concentrées dans Moscou et sa région, nettement plus visible dans la presse générale et spécialisée française. On méconnaît donc en France la ville et la région de Lipetsk et son dynamisme économique qui me semble supérieur à la moyenne russe. On y ignore souvent ce qui me semble être votre point fort : les ressources humaines, qui ont été ici relativement épargnées par la saignée industrielle qui a accompagné la chute de l’URSS. Je sais qu’il y a eu ici des années difficiles, mais la région s’est redressée plus vite que le reste du pays, et la transition de l’URSS à la Russie y a été moins dure. Aujourd’hui, Lipetsk fait partie des rares régions contributrices nettes au budget fédéral russe, ce qui démontre sa prospérité, et ce n’est pas pour rien que dans le mouvement de départ des jeunes cadres de Moscou qui s’esquisse, ce sont les régions de Biélgorod et de Lipetsk qui font partie des destinations préférées.
Je suis à l’entière disposition des autorités locales pour les aider à mieux faire connaître leur ville et leur région, elles pourront toujours compter sur l’Ambassade et sur la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe pour ce faire.

-  Il y a à Lipetsk un grand intérêt pour la langue et la culture françaises : le jour de la francophonie y est régulièrement fêté, il y a des échanges culturels, des étudiants et des professeurs français viennent régulièrement à Lipetsk. Quelles sont les perspectives de développement de la coopération culturelle entre la France et Lipetsk ?

En la matière, il reste beaucoup à faire. Il existe de nombreuses coopérations en matière d’enseignement du français entre des écoles spécialisées de Lipetsk et l’ambassade, et chaque année ou presque des étudiants de votre ville viennent étudier en France, mais c’est à l’évidence insuffisant. Je m’efforcerai naturellement de répondre à la demande de France que j’ai perçue ici, ce qui d’ailleurs contribuera à mieux faire connaître votre ville en France, où votre eau minérale serait d’ailleurs fort appréciée !

publié le 23/10/2012

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