Interview de l’Ambassadeur de France en Russie au journal « Kazanskie Vedomosti » (14 décembre 2010)

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M. de Gliniasty, ce n’est pas la première fois que vous visitez notre région. Quels sont les domaines privilégies de coopération de notre région avec la France ? Comment évaluez-vous l’attractivité du Kazakhstan en termes d’investissements ?

Je viens effectivement pour la deuxième fois à Kazan, où j’avais promis de revenir, car le Tatarstan, qui est une des régions les plus dynamiques de la Russie, revêt évidemment pour nous une importance particulière. La présence française y est bien établie, puisque nos entreprises ont investi ces deux dernières ans un milliard et demi d’euros dans la République, où de grandes sociétés françaises comme Schneider Electric et Air Liquide ont une activité importante. Je suis venu avec des représentants d’entreprises françaises qui souhaitent eux aussi travailler au Tatarstan. Nos échanges commerciaux ont certes pâti de la crise économique, mais les affaires reprennent, puisque ces échanges représentaient en 2009 un total de 315 millions de dollars, alors qu’ils ne représentaient en 2005 que 200 millions de dollars. Ceci s’explique par l’intérêt accru des entreprises françaises pour votre marché, mais aussi par la politique volontariste de gouvernement de la république, qui permet aux entreprises étrangères de s’implanter dans d’excellentes conditions : je suis convaincu qu’à l’avenir, notre présence économique augmentera encore, d’autant plus que les Universiades de 2013 et la Coupe du Monde de football 2018 feront encore mieux connaître votre ville à l’étranger.

Kazan est une ville à l’histoire millénaire. Qu’est-ce qui vous a marqué le plus dans notre ville à l’issue de vos visites passées ?

La ville de Kazan, je crois, symbolise à merveille la Russie, un pays qui a une longue histoire de tolérance ethnique et religieuse et une riche tradition culturelle, qu’illustre le patrimoine architectural de votre cité, dont le kremlin est l’un des plus beaux qu’il m’ait été donné de voir en Russie. Mais Kazan et le Tatarstan, ce n’est pas que le passé, c’est aussi le présent et l’avenir : votre république attire le plus grands nombre de grands investissements industriels, la ville a fait peau neuve à l’occasion de la célébration de son millénaire, et a vocation à devenir un des grands pôles du développement économique et de la modernisation de la Russie. Le dynamisme de la population et sa confiance en l’avenir et la vision à long terme des dirigeants de la République ont achevé de me convaincre du potentiel de développement de nos relations : à cet égard, je suis convaincu que la réunion d’information des PME françaises sur le Tatarstan qui sera organisées à Paris par la représentation permanente du Tatarstan en France et Ubifrance, l’agence chargée de promouvoir le commerce extérieur français, permettra d’accroître encore nos relations.

M. l’Ambassadeur, une question qu’on a dû vous poser souvent, mais que je me permets néanmoins : quelles sont les chances pour que soit supprimé le régime des visas entre la Russie et les pays de l’espace Schengen ?

Je répondrai bien volontiers à votre question ! Je sais que c’est une question très importante pour les Russes qui souhaitent visiter notre pays, et voudraient pouvoir le faire sans passer par des procédures administratives qui, aussi allégées soient-elles, coûtent du temps. Ce souhait est d’ailleurs partagé, soyez-en sûre, par tous les Français qui se rendent en Russie. L’Union européenne a beaucoup travaillé cette année pour avancer sur ce dossier de la suppression des visas, et les progrès réalisés ont été rappelés lors du dernier sommet UE-Russie à Bruxelles du 7 décembre dernier. La position de la France est claire et connue : nous souhaitons à terme la suppression du régime des visas, et à cet égard, les conclusions du sommet de Bruxelles sont encourageantes. Il reste beaucoup de travail à accomplir, car cette suppression du régime des visas suppose que soient réglées de nombreuses questions, à commencer par celle du risque réciproque d’immigration illégale. En attendant que puisse être décidée la levée du régime des visas, la France prendra toutes les mesures nécessaires pour faciliter au maximum les formalités d’obtention des visas en accordant systématiquement après le premier visa de court séjour des visas de longue durée, afin de permettre à un maximum de citoyens russes de voyager plus librement en France.

On peut probablement déjà dresser un bilan de l’année France-Russie 2010. Quel est le vôtre ?

L’année France-Russie, qui s’est achevée par un grand gala au théâtre du Bolchoï, a été un grand succès. 350 manifestations officielles se sont tenues dans nos deux pays, auxquelles il faut rajouter près de 3 000 évènements organisés à l’initiative des pouvoirs locaux et des associations : ces dernières initiatives témoignent que la relation franco-russe dépasse, et de loin, nos excellents contacts officiels, pour s’élargir également à nos sociétés civiles. En Russie, 40 villes ont accueilli des manifestations de l’année France-Russie, et nous avons un chiffre approchant en France : cette année a bien concerné l’ensemble de nos deux pays, et non pas uniquement leurs capitales. Ce sont au total près de 5 millions de personnes qui ont assistés aux manifestations de cette année, dont les points d’orgues ont été les expositions « Sainte-Russie » au Louvre et l’exposition Picasso à Moscou et Saint-Pétersbourg, mais aussi le voyage du train des écrivains sur la ligne sur Transsibérien et les tournées russes de l’Opéra de Paris et de la Comédie Française. De nombreux évènements ont eu lieu à Kazan, où s’est produit le grand jazzman français Richard Galliano. J’aurai le plaisir de clôture l’année France-Russie à Kazan en inaugurant l’exposition « Paris rêvé, Paris réel » du photographe Farid Goubaev. Je tiens ici à remercier tous nos partenaires locaux et l’Alliance française de Kazan, sans lesquels rien n’aurait été possible.
Le succès de cette année a été tel que nous travaillons désormais sur une saison de la langue russe en France et de la langue française en Russie, qui aura lieu en 2012. Je suis sûr qu’à Kazan, où existe un vivier francophone, nous trouverons tous les soutiens nécessaires pour que cette année soit également un succès : dans le monde globalisé d’aujourd’hui, le dialogue des cultures est plus que jamais nécessaires pour que nous n’oublions pas les valeurs que nous avons en partage et ce qui fonde notre identité.

publié le 07/02/2011

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