Interview de Sylvie Bermann dans le supplément économique du Courrier de Russie (6 juin 2019) [ru]

Retrouvez l’interview de Sylvie Bermann publiée dans le supplément économique du Courrier de Russie à l’occasion du Forum économique international de Saint-Pétersbourg - 2019 (SPIEF)

Des relations économiques d’exception

Le Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) est un événement majeur de l’économie russe et internationale. La France y a toute sa place. Avec la visite du président de la République, elle était l’an dernier un des deux invités d’honneur, et les entreprises françaises présentes y ont signé une cinquantaine d’accords avec des entreprises russes !
Chacune des éditions du SPIEF est pour nous l’occasion de réaffirmer les relations économiques d’exception qui unissent la France et la Russie. Avec près de 160 000 salariés, la France est le premier employeur étranger en Russie. Nos entreprises sont présentes dans tous les secteurs de l’économie, de l’extraction de matières premières à la distribution en passant par le secteur bancaire. Les échanges économiques et commerciaux entre nos deux pays continuent de progresser. Ils ont même augmenté de plus de 15 % en 2018.

« Les sanctions ne sont pas une fin en soi, et la France est particulièrement mobilisée pour résoudre nos différends dans le cadre du processus de Minsk. »

L’année 2019 s’annonce d’ores et déjà prometteuse, comme en témoigne l’organisation des premières rencontres franco-russes sur l’Industrie du Futur en avril dernier. Ces nombreux rendez-vous, à l’image du SPIEF ou du Conseil économique, financier, industriel et commercial (CEFIC), sont importants pour renforcer, approfondir, inventer les partenariats industriels d’exception qui unissent nos deux pays, à l’instar de Yamal, où Total et Novatek travaillent main dans la main.

Tout n’est bien sûr pas simple, dans un contexte de sanctions et de climat des affaires incertain. Mais les sanctions ne sont pas une fin en soi, et la France est particulièrement mobilisée pour résoudre nos différends dans le cadre du processus de Minsk. Nous espérons que la récente élection de Volodymyr Zelenski constituera une opportunité que chacune des parties saura saisir.

Malgré les difficultés, les divergences, les contingences, l’amitié séculaire entre la France et la Russie se poursuit. Ainsi, dans de nombreux secteurs, nous continuons à avoir des relations d’une densité et d’une qualité sans pareilles.

Je pense bien entendu à la coopération culturelle et éducative. En mars, les Journées de la francophonie nous ont donné une nouvelle fois l’occasion d’apprécier l’immense vitalité de la langue française en Russie. Deuxième langue des affaires dans le monde, le français est la troisième langue étrangère enseignée en Russie, notamment par la remarquable action de nos douze Alliances françaises. Je rencontre en permanence des Russes de toutes origines, de tous âges et de tous milieux, passionnés par la langue française. Il s’agit là d’une base essentielle pour approfondir nos relations, y compris dans le domaine économique.

« Avec plus de deux mille coopérations conjointes, la France est le partenaire scientifique privilégié de la Russie. »

La coopération franco-russe s’étend à tous les domaines du savoir. Ce n’est donc pas un hasard si le Centre national de la recherche scientifique a choisi de célébrer cette année ses quatre-vingts ans en Russie : avec plus de deux mille coopérations conjointes, la France est le partenaire scientifique privilégié de la Russie. Ces relations scientifiques nous permettent de conquérir l’espace – je pense à nos astronautes qui partagent régulièrement la Station spatiale internationale et aux vingt-deux lancements de Soyouz en Guyane – ou encore de produire de l’énergie à faible coût carbone grâce à notre coopération nucléaire.

Les avancées scientifiques et technologiques que nous réalisons ensemble ont vocation à édifier une société du progrès. Dans le champ sanitaire et social, la France et la Russie agissent de concert pour améliorer la qualité des soins en Russie, organiser la prévention et la lutte contre la tabagie et le cancer, inclure dans la société les personnes handicapées ou faire reculer la pauvreté.

Cette aspiration au progrès humain doit s’incarner dans une responsabilité commune : celle d’architectes d’un monde pacifique, régi par le droit international, organisé au sein d’instances multilatérales, au premier rang desquelles l’Organisation des Nations unies où nos deux pays siègent comme membres permanents du Conseil de sécurité. Nous devons nous montrer dignes de cette responsabilité. Nous devons, de la même façon, continuer à faire vivre notre identité européenne commune et ses valeurs, en premier lieu en coopérant au sein du Conseil de l’Europe.

Je termine mon propos avec les mots de Montesquieu, que Catherine la Grande citait parmi ses principales influences : « L’effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes : si l’une à intérêt d’acheter, l’autre à intérêt de vendre ; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels. » Je suis donc très heureuse de me rendre à nouveau au SPIEF. Bon forum à tous !

Sylvie Bermann est ambassadeur de France en Russie depuis le 7 septembre 2017. Elle a été ambassadeur en Chine de mars 2011 à août 2014, devenant la première femme à représenter la France dans un pays membre permanent du Conseil de sécurité. Elle a également été ambassadeur au Royaume-Uni d’août 2014 à septembre 2017.

publié le 06/06/2019

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