Interview au supplément "Russie-France" de The Moscow Times/Vedomosti/Le Courrier de Russie (juin 2011)

— En 2010, vous avez répondu à nos questions pour la première édition du supplément Russie-France. Depuis l’été dernier, quels ont été les changements majeurs dans les relations entre les deux pays ?

- Au cours de cette année, nos relations ont continué de s’intensifier, et ce dans tous les domaines. Nos dirigeants, qui se rencontrent fréquemment, entretiennent un dialogue nourri afin de répondre aux grands défis du XXIème siècle. C’est là le sens de notre choix d’associer plus étroitement la Russie aux travaux du G8 et du G20, dont nous assurons la présidence cette année, par exemple en matière de lutte contre le trafic de drogues ou contre la volatilité des prix des matières premières.

Dans les domaines industriel et commercial, plusieurs accords de grande envergure ont été signés, dans des secteurs très variés : l’agro-alimentaire, la finance, l’aéronautique, mais aussi l’immobilier. Et ce ne sont que des exemples. Notre coopération dans le domaine énergétique s’est elle aussi renforcée avec la création du Centre franco-russe pour l’efficacité énergétique, qui rassemble nos agences nationales pour l’énergie, ainsi que des entreprises françaises et russes désireuses de travailler ensemble sur ce dossier. Il me faut également mentionner la signature par la France et la Russie en décembre dernier, lors du séminaire intergouvernemental franco-russe, d’une déclaration bilatérale sur la modernisation. Cette déclaration témoigne à la fois de la volonté de la France de jouer un rôle moteur dans le développement du dialogue entre l’Union européenne et la Russie, et de la disponibilité de notre pays – tout autant que de celle des entreprises françaises – à soutenir la modernisation et la diversification de l’économie russe.

Enfin, dans le prolongement du large succès du versant culturel de l’année de la France en Russie et de la Russie en France, les autorités de nos deux pays ont décidé d’organiser, en 2012, une Saison de la langue et de la littérature. Cette saison s’articulera autour de plusieurs thèmes : la langue et la traduction, les rencontres littéraires et la langue en milieu scolaire.

— Si le rôle d’un ambassadeur est traditionnellement cantonné aux affaires diplomatiques, il peut également supposer une implication dans le monde des affaires. Comment défendez-vous les intérêts des entreprises françaises en Russie ? Pouvez-vous nous parler des dernières avancées dans cette direction ?

- L’une de mes missions consiste en effet à soutenir, à mon niveau, l’excellente dynamique qui anime nos relations commerciales bilatérales : la France est aujourd’hui le huitième partenaire commercial de la Russie. En 2010, notre commerce bilatéral a représenté 22,6 milliards de dollars, les exportations françaises vers la Russie se sont élevées à 10,2 milliards de dollars – ce qui fait de mon pays le sixième fournisseur de la Russie. Ces résultats sont encourageants, mais je pense qu’ils peuvent – et doivent – être encore améliorés. Je m’efforce donc d’organiser régulièrement avec nos partenaires des rencontres destinées à promouvoir la création de partenariats fructueux entre des compagnies françaises et russes, et notamment entre petites et moyennes entreprises.

— Cette édition est consacrée à l’implantation des entreprises françaises en régions. Quelles sont vos impressions au retour des nombreux déplacements que vous effectuez en-dehors de Moscou ?

- À mon sens, on aurait profondément tort de négliger le dynamisme des régions russes. Je me rends donc autant que possible dans les régions russes pour en découvrir la diversité et les talents. Il y a là tout un potentiel de développement de nos échanges économiques, culturels, scientifiques et humains. Par ailleurs, l’accueil chaleureux qui m’est réservé lors de mes déplacements en régions montre combien l’amitié franco-russe est plus que jamais vivante, comme j’ai notamment pu le constater le 9 mai dernier à Volgograd, à l’occasion des célébrations du soixante-sixième anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale.

— Construire une usine ou créer une entreprise en Russie demande une grande persévérance, notamment pour franchir toutes les étapes administratives. Des mesures peuvent-elles être prises par les entreprises françaises pour faciliter ces processus ? L’ambassade – ou la mission économique – aident-elles à démarrer une activité en Russie ?

- En Russie comme ailleurs, il y a des procédures à suivre, autres que celles que l’on connaît ; des codes culturels à intégrer ; des relations de confiance à bâtir avec ses interlocuteurs. Je crois que les sociétés françaises comprennent de mieux en mieux les spécificités du marché russe, et c’est d’ailleurs ce qui explique les succès qu’elles y connaissent. La mission économique Ubifrance a pour rôle d’accompagner ces processus : elle se charge, au quotidien, d’informer les entreprises françaises désireuses de s’établir en Russie et de les orienter vers les partenaires russes les plus adéquats en fonction de leurs besoins.

— Quelles sont les principales difficultés auxquelles sont confrontées les entreprises françaises lorsqu’elles veulent s’implanter en région, hors Moscou et Saint-Pétersbourg ? À l’inverse, peut-on trouver des exemples de réussite qui incitent à décentraliser son activité ?

- Je relève que beaucoup a été fait pour améliorer l’environnement des affaires, et que les autorités centrales et régionales russes continuent d’œuvrer dans le sens d’une simplification des procédures administratives. En dehors de la région de Moscou et du district du Nord-Ouest, les entreprises françaises sont particulièrement bien établies dans les régions d’Ekaterinbourg, de Novossibirsk, de Nijniï-Novgorod, de Kazan, de Krasnoïarsk et de Rostov. Dans les régions, de manière générale, j’observe que les grands groupes français des biens de consommation et de la distribution remportent un succès croissant, en offrant une qualité de service attendue par une classe moyenne russe dont la base s’élargit. La présence économique française poursuit son expansion géographique, par exemple à Kalouga, où des grands groupes français ont décidé d’établir leurs usines. Certaines performances économiques de notre pays en Russie sont d’ailleurs mal connues : en 2010, la France a été le premier fournisseur de la région de Krasnoïarsk, nos points forts se situant dans les domaines de la chimie inorganique et des biens d’équipements.

— La Russie doit accueillir les Jeux olympiques d’hiver de 2014, mais aussi la Coupe du monde de football en 2018, et des chantiers gigantesques ont été lancés (13 stades pour la Coupe du monde, routes et infrastructures de transport, etc.). L’ambassade et la mission économique aident-elles les entreprises françaises à participer à ces grands travaux ?

- Des sociétés françaises sont d’ores et déjà impliquées dans plusieurs projets liés aux Jeux Olympiques : la réalisation d’une station d’incinération des résidus d’eau urbaine, la construction de remontées mécaniques, la maîtrise d’œuvre d’un hôtel à construire en vue de l’accueil des J.O par la ville de Sotchi. Pour ce qui est de la Coupe du monde de football de 2018, j’espère bien évidemment que des entreprises françaises pourront, là encore, participer à la construction d’infrastructures.

— Quels rôles l’ambassade de France jouera-t-elle en termes de contrats, de sport ou de diplomatie lors de ces manifestations ?

- C’est un Français, le baron Pierre de Coubertin, qui a rallumé la flamme olympique à la fin du XIXe siècle – et l’ambassade sera naturellement mobilisée sur tous les enjeux liés aux Jeux Olympiques de Sotchi. Ainsi, dès le mois de décembre prochain, nous soutiendrons l’utilisation de la langue française – langue officielle de l’olympisme, rappelons-le ! – à Sotchi en organisant un grand séminaire de formation à l’interprétation et la traduction, ouvert aux professeurs de français de Russie. Par ailleurs, tant pour les Jeux Olympiques que pour la Coupe du monde de football, nous nous attacherons à attirer en Russie des entreprises françaises spécialisées dans l’hôtellerie, domaine dans lequel nous possédons une expertise universellement reconnue.

— Dans quels secteurs jugez-vous que les entreprises françaises sont sous-représentées en Russie ? Quelles sont les avancées que la partie française – ou la partie russe – doivent faire afin d’attirer ces sociétés en Russie ?

- Les entreprises françaises sont d’ores et déjà bien établies en Russie, dans tous les secteurs. Nous souhaitons toutefois mettre un accent particulier sur le développement de la coopération commerciale dans des domaines cruciaux pour l’avenir, comme les hautes technologies, la coopération spatiale, l’énergie et l’efficacité énergétique, les transports, l’industrie pharmaceutique, les technologies de l’information et de la communication. Des entreprises françaises ont déjà manifesté leur intérêt pour le projet de ville de l’innovation de Skolkovo, où plusieurs sociétés ont annoncé leur intention d’implanter des centres de recherche. Je rappelle à cette occasion que le concours d’urbanisme de cette cité de l’innovation a été remporté par un consortium français qui a présenté un concept très novateur d’ « écocité », parfaitement intégrée dans son environnement et respectant à la lettre, entre autres, les exigences de la Fondation de Skolkovo en matière d’énergies renouvelables. Il faut donc que tous les acteurs impliqués dans ces secteurs hautement porteurs de croissance, de croissance dite « verte » notamment – entreprises, autorités publiques, chercheurs, universités –, continuent à stimuler cette tendance positive.

Propos recueillis par Rachel Nielsen, MOSCOW TIMES

Lire le supplément en anglais

publié le 08/07/2011

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