Interview au journal de Vologda « Krasniy Sever » (15 juillet 2010)

L’Ambassadeur de France en Fédération de Russie Jean de Gliniasty s’est rendu à Vologda pour une visite de travail de deux jours. Le 9 juillet ont eu lieu des entretiens officiels entre une délégation française et les dirigeants de la région, ainsi qu’avec l’administration de la ville. Au cours de la rencontre les invités ont fait part de leur volonté de coopérer dans le domaine du textile avec les entreprises de Vologda, ainsi que de leur désir de prendre part à la modernisation du système d’approvisionnement et de distribution d’eau de la ville.
L’Ambassadeur a en outre participé à la cérémonie de clôture du Festival du jeune cinéma européen « VOICES ». Jean de Gliniasty a aimablement accepté de répondre aux questions de « Krasniy Sever ».

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- Quels résultats attendez-vous de cette année de la France en Russie et de la Russie en France ?

- L’année de la Russie en France et de la France en Russie a pour objectif de consolider encore nos relations, et de leur donner une nouvelle impulsion pour les années qui viennent. Le choix d’organiser, pour la première fois, une « année croisée » entre nos deux pays allait de soi, pour que se développe encore plus une véritable dynamique de partenariats entre tous les acteurs de cette année : les pouvoirs publics, les institutions culturelles, les associations, les entreprises. Ainsi nos pays pourront mieux se connaître, approfondir leurs coopérations existantes et en susciter de nouvelles, pour renforcer encore la traditionnelle amitié qui lie nos deux pays.

- Dans l’arène internationale, les positions de la France sont souvent beaucoup plus proches de celles de la Russie que de celles d’autres pays de l’Union européenne. Par exemple, sur le conflit en Géorgie. Comment expliquer, selon vous, une telle proximité de nos deux pays ?

- La France et la Russie ont objectivement nombre de raisons de coopérer, que ce soit sur les questions de sécurité (je pense ici à la lutte contre le terrorisme international et contre la prolifération nucléaire), ou sur les questions économiques (les questions énergétiques et de coopération en matière de recherche et de développement étant au premier plan). Et nos deux pays ont une longue tradition d’amitié et de dialogue, ce qui facilite grandement nos relations bilatérales.

- Des relations économiques et des projets culturels lient Vologda à la France. Vous participerez en particulier à l’inauguration de la chaîne d’assemblage de caméras thermiques (il s’agit d’un projet conjoint avec Thales Optronique). Des relations d’amitié lient désormais Vologda et Elancourt. Dans quelle direction, selon vous, peuvent se développer ultérieurement les contacts entre votre pays et notre région ?

- Dans toutes les directions ! Il me semble que de manière générale notre pays n’est pas encore assez présent dans les régions russes. La chaîne d’assemblage des caméras thermiques « Catherine FC » sous licence Thales à Vologda est une preuve éclatante du potentiel de la coopération franco-russe dans le domaine des hautes technologies. Mais il y a aussi pour la région de Vologda d’autres axes de coopération que nous souhaiterions voir se développer. Je pense à la coopération décentralisée avec les collectivités locales, mais aussi à la coopération linguistique et culturelle.

- Dans la mesure où notre équipe n’a pas participé au championnat du monde de football, de nombreux Russes ont soutenu l’équipe de France et regrettent son échec. Etes-vous un supporter ? Avez-vous suivi les principaux événements footballistiques ? Que pensez-vous, le nombre d’amateurs de football ne pourrait-il pas diminuer en raison du scandale qui a frappé l’équipe de France ? Quelles mesures va prendre le gouvernement français afin d’améliorer la situation de l’équipe ?

- Je ne suis pas un « supporter » mais je suis attentivement les résultats de notre équipe nationale de football. La prestation de notre équipe lors du championnat du monde a consterné les Français mais elle ne doit pas remettre en cause les valeurs cardinales du football français que sont le fair-play, l’esprit d’équipe et le respect de l’autre. Ce sont ces valeurs que respectent les deux millions de licenciés de la Fédération Française de Football. En France, le principe est celui de la non-ingérence du gouvernement dans les affaires du sport. Je ne doute pas que le monde du football français saura trouver des solutions pour que notre équipe obtienne de bons résultats lors des prochaines compétitions internationales, et le gouvernement l’appuiera.

- Vous devez être content que la « Renault Logan » soit devenue, en Russie, une voiture populaire. Est-ce que cette voiture se vend bien, en particulier dans la région de Vologda ? Et vous est-il arrivé de rouler dans des voitures de marque russe ?

- Je n’ai pas en mémoire les chiffres exacts pour la région de Vologda. Je sais toutefois que la Logan se vend particulièrement bien en Russie : presque 55 000 modèles vendus en 2009 – le modèle de marque étrangère le plus vendu en Russie - ce qui la place parmi les véhicules favoris des Russes. J’ai eu l’occasion de monter dans des voitures russes, et la modernisation de l’industrie automobile russe se voit dans la grande qualité des derniers modèles, et je suis fier que par sa participation de 25% au capital d’Avtovaz, Renault y participe.

- A Vologda se tient le Festival international du jeune cinéma européen « VOICES ». Quel genre de films préférez-vous ? Avez-vous des films, des réalisateurs, des acteurs russes préférés ?

- De manière générale, j’ai un profond respect et une grande admiration pour la culture russe. Pour ce qui est plus spécifiquement de l’art cinématographique russe, bien évidemment j’aime vos cinéastes et leurs œuvres les plus anciennes comme « La ballade du soldat », « Quand passent les cigognes » ou « Cinq soirées » et les plus récentes comme celles de Pavel Lounguine (« Tsar ») et de Nikita Mikhalkov. J’ai ainsi vu lors de sa sortie la deuxième partie du film « Soleil trompeur », que j’ai particulièrement apprécié. Je peux également citer parmi les cinéastes dont j’aime les œuvres Andreï Zvyagintsev ou encore Gleb Panfilov. En ce qui concerne les acteurs, j’apprécie le travail de Inna Tchourikova, Oleg Yankovski et Alexeï Gouskov.

- Les écrans russes sont envahis de films hollywoodiens. Beaucoup pensent que c’est un problème tout-à-fait sérieux. Est-ce que la France connaît de telles difficultés, ou alors domine chez vous le cinéma national ?

- Il faut d’abord que je précise que Hollywood est parfois capable de générer des films de très bonne qualité. Le problème survient lorsque sont diffusés uniquement des films hollywoodiens. Cela limite l’accès à d’autres œuvres, alors que les cultures cinématographiques du monde entier sont toutes riches et intéressantes, plus particulièrement la russe et la française. Comme vous le savez probablement, la France est en pointe dans la promotion de la diversité culturelle. En France, des institutions comme le Centre National du Cinéma soutiennent la créativité des cinéastes nationaux. En Russie, l’Ambassade promeut le cinéma français. Nous organisons par exemple le festival itinérant du film français, en étroite coopération avec le réseau des Alliances françaises. Je suis par ailleurs très heureux de pouvoir intervenir lors du Festival « Voices » qui comportera cette année une quinzaine de films français.

- Le Festival de Vologda « VOICES » a pour but d’attirer à Vologda des touristes étrangers. Recommandez-vous à vos amis de visiter la Russie ? Le cas échéant, où se rendent-ils ?

- Oui, bien évidemment je recommande à mes amis de visiter la Russie, afin qu’ils se rendent compte par eux-mêmes de la beauté de votre pays. Ils visitent souvent Moscou et Saint-Pétersbourg, mais je les encourage à visiter le plus grand nombre possible de régions de votre pays. Chacune d’entre elles recèle des charmes et des curiosités qui méritent d’être découverts. C’est sans doute dans les régions les moins touristiques que les surprises les plus inattendues attendent le visiteur. Je l’ai moi-même expérimenté récemment, en partant en voiture le long de la Volga, dans la région de Nijni-Novgorod, et en me laissant guider par mes découvertes.

- Que souhaiteriez-vous voir dans notre région ?

- Malheureusement le temps va me manquer pour connaître tous les charmes de votre région. J’aimerais voir le monastère de Kirilo-Belozerski et les fresques de Ferapontov. Vologda, c’est aussi pour moi les pages émouvantes de Varlam Chalamov, et son récit de la vie d’antan, à l’ombre de votre belle cathédrale. Si l’occasion m’en est donnée, je reviendrai avec plaisir dans votre région. Je dois à ce sujet souligner que l’accueil qui m’est réservé est particulièrement chaleureux.

publié le 05/08/2010

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