Interview au journal « Koubanskie Novosti » (24 novembre 2010)

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Quelles régions russes avez-vous visité cette année, et où avez-vous l’intention de vous rendre ?

- En bientôt deux ans passés en Russie, j’ai eu l’occasion de visiter Saint-Pétersbourg, Ekaterinbourg, Nijni-Novgorod, Novossibirsk, Tomsk, Vladivostok, Mourmansk, Vologda, Samara, Kazan, Iaroslavl. S’il veut bien connaître son pays de résidence et surtout développer les relations entre son pays et la Russie, un ambassadeur ne peut se contenter de rester à Moscou. Au contraire, il doit autant que possible partir sur le terrain à la rencontre des multiples facettes de votre immense pays.

Est-ce la première fois que vous vous rendez dans la région de Krasnodar ? Quelles sont vos impressions de notre région ?

- Je viens pour la deuxième fois à Krasnodar, où je m’étais déjà rendu au salon Yougagro. Et c’est avec plaisir que je reviens dans votre belle région, dont la diversité des paysages est sans conteste un atout touristique majeur, et dont j’apprécie la cordialité des habitants. Mais ma présence ici répond aussi à un objectif : celui de contribuer au développement de la coopération entre votre région et la France sur le plan économique, en particulier dans le secteur de l’agriculture, dans lequel il existe un très grand potentiel, auquel les entreprises françaises sont sensibles.

Avez-vous eu l’occasion de goûter les spécialités culinaires du Kouban ? Vous considérez-vous comme un gourmet ? Dans la capitale du Kouban il est possible aujourd’hui de goûter aux cuisines du monde entier, y compris de la France ; quel plat français recommanderiez-vous aux habitants du Kouban ?

- J’ai eu l’occasion l’an dernier de goûter aux spécialités de votre région, comme le borchtch du Kouban, la krochka et vos succulents vareniki. La région du Kouban possède une cuisine à la personnalité affirmée, ce qui ne peut que réjouir les Français. A ce titre, soyez-en assurés, je ne fais pas exception !
Il me serait difficile de recommander une spécialité française en particulier, car la cuisine française est aussi diverse que notre pays, qui compte par exemple environ 600 sortes de fromages ! Je conseillerais donc aux habitants du Kouban de se laisser guider par leurs préférences naturelles, qu’ils soient végétariens, amateurs de viande, de poisson, de charcuterie ou de poisson, ils trouveront toujours un plat à leur goût !

La France est un pays mondialement reconnu pour la qualité de ses vins. Et notre région développe sa viticulture. Avec succès, selon vous ?

- On peut affirmer sans hésitation qu’en matière de développement de la culture viticole, votre région est en Russie à la pointe. 30 000 hectares de vignes y sont en exploitation, et le climat, qui est proche de celui de la région de Bordeaux, est tout à fait propice à la culture de la vigne. Vous produisez déjà d’excellents vins de table, et l’apparition de plusieurs crus de qualité montre que vous êtes sur la bonne voie. Le château “le Grand Vostok”, par exemple, est un vin qui a été élaboré grâce notamment au savoir-faire français ; les sociétés françaises productrices de ferments sont très actives ici, ce n’est pas par hasard.

Dans quels domaines la coopération de la France avec la région du Kouban vous paraît-elle la plus prometteuse ?

- La Russie est un partenaire majeur de la France et à ce titre, nous coopérons dans tous les domaines : notre coopération scientifique s’appuie sur une longue tradition d’échange dans l’archétype est la coopération spatiale entamée en 1966, nous coopérons très activement dans le domaine de l’énergie et de l’efficacité énergétique, de l’agriculture, de l’industrie automobile et aéronautique, dans la pharmacie. Nos échanges universitaires sont formalisés par plus de 400 accords de coopérations entre universités russes et françaises, et près de 5000 étudiants russes étudient chaque année en France. Nous coopérons également dans le domaine de l’enseignement de nos langues respectives : deux sections bilingues franco-russes ont été créées à la rentrée en France, et 18 sections bilingues existent en Russie, où 700 000 personnes apprennent le français à l’école, à l’université ou dans le réseau de nos onze Alliances françaises. Enfin, citons la coopération entre villes et régions françaises, illustrée dans votre région par l’actif partenariat entre Krasnaïa Poliana et la commune française des Ouches.
A Krasnodar même, nous développons depuis cette année notre coopération universitaire dans les secteurs de l’agro-ingénierie et de la viticulture. Les rencontres universitaires organisées dans votre ville au mois d’avril de cette année ont connu une importante participation, et je sais que les participants français sont rentrés enchantés de leur déplacement dans votre ville. Nous coopérons également avec L’Université technologique d’Etat du Kouban et l’Université d’Etat du Kouban dans le domaine de l’enseignement du français. Nous coopérons également avec des écoles secondaires enseignant le français. Je suis convaincu que ces coopérations s’intensifieront à l’avenir.
Enfin, je voudrais signaler la qualité de notre coopération dans le domaine médical : la région de Krasnodar et la France ont développé un projet ambitieux de création d’un centre de transplantation pulmonaire à Krasnodar. Cette réalisation est le fruit d’une collaboration très étroite et de longue date entre les professeurs Vladimir Pokhanov et Gilbert Massard, collaboration soutenue par l’Ambassade de France et par les Ministères russe et français de la santé. Ces deux personnalités du monde médical ont chacune une notoriété internationale reconnue et les voir travailler ensemble, au service notamment des patients de votre région, me semble emblématique de la qualité de la coopération entre nos deux pays.

L’année de la France en Russie et de la Russie en France touche à sa fin. A-t-elle selon vous produit des résultats ?

- Cette année France-Russie a permis à nos deux pays de mieux se connaître dans leur réalité contemporaine, au-delà des clichés positifs et négatifs qui trop souvent encore persistent en France comme en Russie. Les quelques 400 manifestations organisées tout au long de cette année ont connu un remarquable succès d’audience. L’exposition « Les chefs-d’œuvre du Musée Picasso » présentée à Saint-Pétersbourg et à Moscou, le périple du train des écrivains sur la ligne du transsibérien, la tournée russe de la Comédie française, la forte participation française au Forum économique de saint-Pétersbourg en juin dernier, en présence de nos deux présidents, ou encore les nombreux forums universitaires qui se sont tenus en Russie toute cette année ont été des moments forts ; mais je n’aurais garde d’oublier tous les autres évènements organisés grâce à l’enthousiasme et au dynamisme de tous les acteurs de cette année. Je crois que des liens durables ont été tissés, qui formeront le socle de notre coopération pour la décennie à venir.

La France, tout comme la Russie, a posé sa candidature pour les Jeux Olympiques. Mais en 2012, ce n’est pas à Paris, mais à Londres qu’auront lieu les jeux olympiques d’été. La France ne souhaite-t-elle pas poursuivre sur sa lancée pour prendre part à l’organisation des Jeux olympiques d’hiver de Sotchi ?

C’est un Français, le baron Pierre de Coubertin, qui a rallumé la flamme olympique à la fin du XIXe siècle ; vous imaginez donc bien que nous serons présents à Sotchi. Sur les pistes, où j’espère voir nos athlètes obtenir d’aussi bons résultats qu’à Vancouver ; mais les entreprises françaises sont également très intéressées à contribuer à la construction des infrastructures olympiques, notamment dans les secteurs de l’hôtellerie ou des remontées mécaniques, où nous avons un savoir-faire universellement reconnu. Et j’espère que lors de la cérémonie de clôture, le maire d’Annecy sera présent, puisque cette ville des Alpes est candidate à l’organisation des JO d’hiver de 2018.

Vous êtes ambassadeur en Russie depuis relativement peu de temps. Quand êtes-vous venu dans notre pays pour la première fois ? Quand avez-vous commencé à apprendre le russe, et avez-vous trouvé cela difficile ?

Cela fait bientôt deux ans que je suis en poste à Moscou, et cela m’a donné une possibilité unique d’améliorer ma pratique du russe, que j’ai appris à l’université. Mon premier séjour en Russie remonte en 1973, lorsque j’ai effectué mon stage d’études à Moscou, où j’ai passé neuf mois : en revenant ici, j’ai retrouvé une Russie très différente de celle que j’ai connue alors, beaucoup plus dynamique, ouverte sur l’extérieur, ayant confiance en l’avenir. Pour en revenir à la langue russe, elle est bien sûr difficile, mais sa beauté compense largement les efforts qu’il faut faire pour l’apprendre ; sa connaissance, pour un diplomate, est évidemment un atout de poids, mais elle donne surtout accès à une culture foisonnante et très riche, qui fait partie des grandes cultures européennes et a un rayonnement mondial. Comme le français, le russe est une langue internationale qu’on apprend par pragmatisme, mais aussi pour découvrir une culture et une civilisation. La promotion du français en Russie et du russe en France fait partie de nos priorités, et nous travaillons main dans la main avec nos amis russes pour que les jeunes générations continuent à apprendre nos langues. La diversité culturelle est nécessaire à notre monde, car c’est de la fécondation réciproques des cultures que naît le progrès.

Du 20 au 29 novembre se tiendra à Krasnodar un festival du cinéma français. Les habitants du Kouban connaissent bien votre cinéma et seront ravis de découvrir de nouveaux films. Et vous, que pensez-vous du cinéma russe ? Quel est le dernier film russe que vous avez regardé ?

- Je suis très heureux et très fier qu’un festival du cinéma français se tienne à Krasnodar ; le cinéma français occupe en Russie la troisième place après le cinéma américain et le cinéma russe, et je crois que notre politique d’encouragement de notre production cinématographique a porté ses fruits, puisqu’aujourd’hui le cinéma français se porte bien, tant en France qu’à l’étranger. Du cinéma russe, les Français connaissent naturellement les grands classiques comme Sergueï Eisenstein ou Andrei Tarkovski, mais aussi des réalisateurs plus récents et tout aussi incontournables tels Nikita Mikhalkov, Pavel Lounguine et Alexandre Sokourov. « Le chauffeur de Véra » et « L’ironie du destin » sont deux films qui m’ont particulièrement marqués. Plus récemment, j’ai découvert des réalisateurs comme Alexei Utchitel, dont le dernier opus "Krai" représentera la Russie aux Oscars. Je ne parle pas de l’engouement général lors du dernier festival de Venise pour "Ovsianki", traduit en français par "Le dernier voyage de Tanya" un titre tout aussi poétique que le film lui même. La société française Mémento film a acquis les droits du film pour l’Europe et 40 copies circulent désormais au plus grand bonheur des cinéphiles français et européens. Il faut aussi noter l’excellent film de Alexeï Popogrebski "Kak ia proviol etim lietom", qui fût récompensé à Berlin et plus récemment au London Film festival. En somme, tout comme notre cinéma français, le cinéma russe est bien vivant !

Propos recueillis par Xénia Terechtchenko

publié le 07/02/2011

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