Interview accordée par l’Ambassadeur de France en Russie, S.E.M. Jean de Gliniasty, au quotidien « Sovetskaïa Sibir’ », édition du 20 mai 2010

- M. l’Ambassadeur, la Sibérie est après l’Extrême-Orient la région la plus lointaine de Russie que vous ayez visitée jusqu’ici. Comment voyez-vous les perspectives de développement des relations de la région avec la France ?

Je suis très heureux de découvrir la Sibérie, où je visiterai les villes de Novossibirsk et de Tomsk. Ma visite ici a comme premier objectif de faire connaissance avec la région et ses autorités, de visiter les universités et établissements scientifiques coopérant avec la France, et de participer au Forum sur l’innovation qui sera organisé à Tomsk le 21 mai. Je crois beaucoup dans le dynamisme de la région de Novossibirsk, qui est l’une des plus ouvertes aux investissements étrangers, et au potentiel scientifique de votre région. Je souhaite développer plus encore les liens entre mon pays et la Sibérie à l’avenir : même si le volume de nos échanges économiques s’est fortement accru au cours de la décennie écoulée, il est encore en dessous de son potentiel.

- Quelle est la priorité de l’année de la France en Russie ?

L’année France-Russie 2010 a été une initiative conjointe de nos deux présidents de la République, et nous en avons élaboré ensemble le programme. Celui-ci, qui comprend 350 manifestations, a l’ambition d’embrasser tous les secteurs de notre coopération : la culture bien évidemment, mais aussi l’économie, l’enseignement supérieur, la science et la technologie, le secteur social…Nous avons également pris grand soin à ce que cette manifestation ne demeure pas cantonnée à nos capitales : nombreuses sont les villes et région françaises et russes qui prennent une part active à cette année, qui n’a été possible que grâce à l’exceptionnelle qualité de la relation franco-russe. Nous souhaitons que l’année France-Russie nous permette de mieux encore nous connaître, et qu’elle soit la base de notre coopération pour les années à venir.

- Votre première étape au cours de votre séjour à Novossibirsk a été l’Alliance française. A votre avis, cette association se développe-t-elle de façon satisfaisante en Russie ?

Le réseau des Alliances française a connu depuis le début des années 2000, époque à laquelle il était très limité, un fort développement puisqu’aujourd’hui 11 Alliances françaises sont réparties sur tout le territoire russe. L’Alliance française de Novossibirsk a été inaugurée en 2005, et accueille aujourd’hui près de 700 étudiants. Elle prend également une part active à la vie culturelle de la ville, grâce au soutien des autorités locales, sans lequel rien ne serait possible. J’accorde naturellement une grande importance à ce réseau, qui permet aux habitants des régions russes de mieux connaître la France dans sa dimension contemporaine et de se familiariser avec notre culture.

- Vous avez récemment déclaré que la coopération entre universités revêtait en Russie un caractère prioritaire, car elle est le fondement de nos coopérations ultérieures dans le domaine des hautes technologies, de la médecine, du droit, des sciences humaines. Au programme de votre visite à Novossibirsk, figure la visite d’une école secondaire. Cela témoigne-t-il aussi de votre volonté de développer notre coopération dans l’enseignement secondaire ?

Dire que la jeunesse est l’avenir relève naturellement du pléonasme, mais il est des évidences qu’il est parfois bon de rappeler. Les étudiants d’aujourd’hui seront les chercheurs de demain et il est important qu’ils acquièrent durant leurs années d’études le « réflexe international », afin d’élargir l’horizon de leur possibilités. C’est pourquoi nous encourageons la mobilité étudiante entre nos deux pays, et cela dans les deux directions : nous sommes très heureux que les jeunes Russes viennent étudier en France, mais nous voulons aussi que les étudiants français viennent étudier en Russie. Il est aussi important que les écoliers puissent avoir accès à cette ouverture sur le monde extérieur, qui conditionnera leur réussite future : c’est pourquoi l’ambassade soutient 18 écoles bilingues où est dispensé un enseignement renforcé du français. Apprendre le français aujourd’hui, c’est s’ouvrir à une culture qui s’étend sur tous les continents et qui reste une des langues les plus parlées dans le monde. De même, les pouvoirs publics français sont très attentifs à la situation du russe en France : l’ouverture à la rentrée 2009 de deux écoles bilingues français/ russe à Strasbourg et à Nice démontre que dans notre pays, la langue russe suscite un intérêt croissant. A terme, cela aura un impact très positif sur nos relations.

- En septembre 2010, les tournées de deux ensembles français parmi les plus connus, la Comédie Française et le corps de ballet de l’Opéra de Paris, passeront par Novossibirsk. L’année de la Russie en France a été ouverte par l’orchestre de chambre de Novossibirsk, et en ce moment, le quartette de la Philarmonie est en tournée en France, avant que les Parisiens puissent en juillet admirer le corps de ballet de l’opéra de Novossibirsk. Comment évaluez-vous ces liens artistiques en général et ces projets en particulier ?

Je suis très heureux que le public de Novossibirsk ait la possibilité de découvrir certains des meilleurs écrivains français contemporains lorsque fera étape dans votre ville le 3 juin prochain le train des écrivains, et qu’il puisse admirer sur les planches les troupes de la Comédie française et de l’Opéra de Paris. Cela démontre que désormais, il est possible pour les artistes français de se produire dans toutes les régions russes. Et inversement, que les formations artistiques de Novossibirsk et d’autres villes de Russie puissent se produire en France est une formidable occasion, pour la Russie, de faire connaître au public français les talents de ses régions.

- Dans votre délégation figurent des représentants des entreprises françaises. Est-ce pour poursuivre des coopérations économiques déjà initiées, ou bien pour ouvrir de nouvelles relations économiques entre votre pays et notre région ?

Avec moi viendront la chambre de commerce française en Russie et douze sociétés françaises qui désirent développer leurs relations avec les régions de Novossibirsk et de Tomsk ; il y a trois ans, lors d’une visite de mon prédécesseur, qui n’était pas moins actif que moi dans ce domaine, elles étaient quatre ! Cela montre que l’intérêt des entreprises françaises pour le marché russe va toujours croissant. Depuis cinq ans environ, les entreprises françaises ont fait de la Russie un de leurs marchés extérieurs prioritaires. En 2000, le volume total des échanges entre la France et la région de Novossibirsk était de 13 millions de dollars ; en 2007, il était de 300 millions de dollars ! La France est aujourd’hui le 7e partenaire commercial de la région, et 30 sociétés françaises y sont implantées. La région de Novossibirsk dispose de nombreux atouts (situation géographique, qualité des infrastructures, main d’œuvre très qualifiée), et les pouvoirs publics font tout pour attirer les investissements étrangers ici ; les entreprises françaises sont conscientes de cela, et je ferai tout pour qu’elles renforcent leur présence ici.

publié le 12/08/2010

haut de la page