Interview à la revue "Expert Severo-Zapad" (7 juin 2010)

- Monsieur l’Ambassadeur, nous voudrions tout d’abord évoquer avec vous les perspectives de coopération économique et culturelle entre la France et la Russie en général, et avec l’arrondissement fédéral du Nord-Ouest en particulier. Selon vous, à quel niveau se situent aujourd’hui ces relations de coopération, et que faut-il faire, pour que cette relation se développe encore ?

- Notre coopération se porte bien et se développe avec constance. Pour ce qui est plus spécifiquement de la région du Nord-Ouest, le Consulat de France à Saint-Pétersbourg travaille activement à l’approfondissement de nos relations culturelles et économiques.

Sur le plan culturel, nos rapports sont anciens et fructueux, en particulier à Saint-Pétersbourg. Nous entretenons des liens étroits avec de prestigieuses institutions comme le Musée de l’Ermitage, le Musée russe, les théâtres Marinsky et Alexandrinsky. Par ailleurs nous soutenons, par le biais de l’Institut Français, plusieurs festivals musicaux, de nombreuses expositions d’arts plastiques et de nombreuses représentations théâtrales. L’échange d’expérience par l’organisation de master-classes est également une composante iomportante de notre coopération culturelle.

Sur le plan économique, de nombreuses entreprises françaises sont présentes dans la région du Nord-Ouest, dans des domaines aussi variés que l’agroalimentaire, l’industrie gazière, les télécommunications et l’hôtellerie. Je reste toutefois persuadé que nos relations économiques peuvent encore croître. La France sera l’invitée d’honneur du 14ème Forum économique de Saint-Pétersbourg en juin 2010, où seront représentées toutes les grandes entreprises françaises : cet évènement contribuera, j’en suis sûr, à renforcer l’intérêt des sociétés françaises pour le marché russe.

- En ce moment a lieu dans notre pays l’année de la France en Russie. Quels est le premier bilan que vous tirez de cette année ? Quelles sont les manifestations qui ont déjà eu lieu, et quel bilan en tirez-vous ?

- Même si l’heure n’est pas encore au bilan, de nombreux évènements d’envergure se sont déjà tenus ; l’exposition Picasso ouverte le 25 février au musée Pouchkine de Moscou, qui sera inaugurée au musée de l’Ermitage au mois de juin, la cinquième édition du Salon international du Livre du 22 au 25 avril à Saint-Pétersbourg comprenant un programme spécial rattaché à l’Année France-Russie, l’exposition du photographe Jean-Marc Bustamante, ainsi qu’un grand festival itinérant du cinéma français qui traversera vingt-sept villes de Russie et se poursuivra tout au long de l’année. La grande variété des contenus et la répartition géographique de ces évènements montrent que le volet culturel de l’année de la France en Russie n’est pas réservé à une élite, et qu’il se destine à tous les publics russes, qu’ils soient déjà familiers de la culture française ou désireux de la découvrir.

- En Russie de nombreuses compagnies françaises réussissent, que ce soit dans le secteur financier ou industriel. Quelles sont les principales orientations des investissements français en Russie, et quel est selon vous le potentiel économique de la coopération franco-russe ?

- La Russie est devenue en 2008 la 10ème destination des investissements directs français. Comme vous le soulignez, les deux principaux secteurs attirant des investissements sont l’intermédiation financière et l’industrie manufacturière. L’industrie automobile connaît une progression remarquable, renforcée par l’acquisition en 2008 par Renault d’un quart d’AvtoVAZ et l’ouverture récente par Peugeot d’une usine à Kalouga. Le potentiel de coopération reste grand dans les domaines de l’industrie agro-alimentaire et du service aux entreprises, qui comprend les activités de conseil et de management. Signe de la solidité de nos positions, la France s’est hissée en 2009 de la neuvième à la cinquième place dans le classement des fournisseurs de la Russie.

- Quels sont selon vous les nouveaux secteurs en croissance en Russie (dans l’industrie et dans la finance) qui pourraient attirer l’attention de nouveaux investisseurs français ? Sur quels secteurs de l’économie misez-vous tout particulièrement ? Qu’est-ce qui peut rendre possible l’intensification des relations économiques franco-russes ?

- Je perçois les secteurs de l’énergie, des transports et des technologies de l’information et de la communication comme porteurs de vastes possibilités. L’intensification des relations bilatérales franco-russes passe notamment par la multiplication des rencontres des dirigeants d’entreprises, et à mon avis la signature de plus de quarante accords et contrats lors du séminaire intergouvernemental à Rambouillet en novembre 2009 constitue une preuve éclatante du dynamisme de nos relations.

- Quelles sont les régions françaises où la présence des capitaux français est la plus importante ?

- En dehors de la région de Moscou et du District du Nord-Ouest, les entreprises françaises sont particulièrement bien établies dans les régions d’Ekaterinbourg, de Novossibirsk, de Nijni-Novgorod et de Rostov. La présence économique française poursuit son expansion géographique ; ainsi, a eu lieu récemment l’inauguration par le groupe PSA Peugeot Citroën de sa première usine d’assemblage à Kalouga, et la signature de l’accord de partenariat entre les sociétés Alstom et Transmachholding dans le domaine de la construction ferroviaire.

- Quels sont les principaux obstacles au développement des entreprises françaises en Russie ? Comment peut-on les résoudre ?

- Pour améliorer nos relations, il me semble nécessaire de renouveler notre image auprès de nos amis russes. Certes, la culture et l’art jouent un rôle important dans cette image, mais il nous faut également rappeler à nos interlocuteurs russes que la France est la cinquième puissance économique mondiale, et que celle-ci est soucieuse de nouer de nouveaux partenariats avec la Russie. Inversement, la Russie n’est pas encore assez connue des investisseurs français, même si cela évolue favorablement : une partie de mon travail consiste donc à montrer aux entrepreneurs français le potentiel du marché russe.

- Saint-Pétersbourg est l’épicentre de l’arrondissement du Nord-Ouest. Commet évaluez-vous les relations des autorités et des milieux d’affaire de la ville avec les représentants de la France ? Qu’est-ce qui attire les hommes d’affaire français à Saint-Pétersbourg ?

- De mon point de vue, les relations entre les cercles d’affaires français et les autorités pétersbourgeoises sont bonnes, comme en témoigne la présence significative d’entreprises françaises, dans les secteurs de la banque, de l’industrie automobile, de l’agro-alimentaire, des télécommunications, de l’hôtellerie, des grandes surfaces. L’attractivité de la ville ne se dément pas : s’y effectuent 12% des ventes françaises en Russie.

Cela s’explique selon moi par le fait que Saint-Pétersbourg dispose d’avantages précieux, comme sa situation géographique qui en fait une importante plate-forme logistique, et une indéniable qualité de vie pour les expatriés.

- Quels sont les projets les plus innovants réalisés en Russie par les entreprises françaises ?

- Les projets les plus originaux qui me viennent à l’esprit se singularisent avant tout par leur caractère particulièrement ambitieux ; la conception de l’avion Sukhoï Superjet-100, la construction de navires méthaniers, la réalisation de vastes infrastructures comme la portion d’autoroute reliant Moscou à Saint-Pétersbourg par la société Vinci, ou encore le lancement prévu cette année d’un lanceur Soyouz depuis la base guyanaise de Kourou.

- Dans quels domaines les investissements français sont-ils présents en Russie ?

- Les investissements russes en France se concentrent dans les secteurs de l’intermédiation financière et des services immobiliers. La France est l’un des pays les plus attractifs au monde pour ce qui est des investissements, et naturellement nous souhaiterions susciter la venue en France d’entreprises russes. Nous y travaillons, en lien avec l’Agence française pour les investissements internationaux, qui renforcera prochainement sa présence à Moscou.

- La France et la Russie, c’est aussi un actif dialogue culturel. Quelle direction donner à ces relations culturelles à l’avenir ?

- Comme l’a rappelé le ministre français de la Culture Frédéric Mitterrand lors de sa visite à Moscou en février dernier, « le dialogue culturel entre la France et la Russie a toujours été d’une intensité exceptionnelle ». Au-delà de toute l’attention générée par les quelques quatre cents évènements de l’année France-Russie 2010, les grandes orientations de notre dialogue culturel avec la Russie sont claires. Il s’agit de faire connaître au public russe, et notamment aux jeunes générations, toute la diversité et la vitalité de la création française, afin d’offrir un portrait vivant et exhaustif de la vie culturelle de notre pays. Cette démarche doit favoriser les échanges et les projets entre les artistes et les institutions de nos deux pays, et, à terme, conduire à l’établissement de liens toujours plus étroits entre nos deux peuples.

Dimitri Gloumskov
Rédacteur en chef, journal « Expert Severo-Zapad »

publié le 11/08/2010

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