Interview à Infox.ru (24 mai 2011)

Les 3 et 4 juin 2011 se tiendra à Moscou le forum « Partenariats Public-Privé au service du développement des infrastructures régionales et municipales ». Une attention particulière sera portée lors du forum à l’amélioration des mécanismes de financement des projets dans le domaine des PPP. L’un des points principaux de la discussion sera lié à l’attraction des investisseurs tant russes qu’étrangers. A la veille du forum, l’ambassadeur de France en Russie, M. Jean de Gliniasty, a accordé une interview à Infox.ru.

Infox.ru : Au début de mois de juin se tiendra à Moscou le forum franco-russe « Partenariats Public-Privé au service des du développement des infrastructures régionales et municipales ». Il est organisé notamment par l’Ambassade de France en Russie, le Ministère français de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable, des Transports et du Logement et la mission UbiFrance à Moscou. Qu’est-ce qui est à l’origine de l’intérêt mutuel entre nos deux pays ?

- L’un des principaux objectifs de l’année de la France en Russie et de la Russie en France a été de donner une nouvelle impulsion à nos relations bilatérales dans le domaine économique pour la prochaine décennie. L’année 2011 sera également une année croisée pour nos deux pays. Nous allons cette année organiser en Russie plusieurs événements, destinés à présenter l’expérience française. L’un de ces événements marquants sera ce forum franco-russe. La France met en œuvre depuis longtemps avec succès les mécanismes des partenariats public-privé. C’est grâce à ce type de méthodes qu’ont pu naître de très grands groupes comme Veolia, Suez, Vinci, qui sont devenus des leaders dans leur domaine. En Russie, ces pratiques n’en sont qu’à leur début. De notre côté, nous sommes prêts à soutenir nos collègues russes dans la mise en œuvre de ces mécanismes.

Enfin, il ne serait pas correct de ne pas porter attention aux perspectives économiques qui naîtront grâce au développement dynamique de nombreuses régions. Je suis certain que ce forum permettra de consolider la coopération qui existe dans des domaines économiques déjà explorés, et ouvrira de nouveaux horizons pour le développement de relations de partenariat entre nos pays.

Infox.ru : la partie française a-t-elle des objectifs particuliers en participant à ce forum ?

- Nos relations se développent de manière intensive sur le plan économique. La France est aujourd’hui le cinquième investisseur en volume en Russie. Il me semble qu’il n’y a pas un secteur de l’économie russe où nous ne sommes présents. Mais le problème inverse est aussi d’actualité : comment attirer les investissements russes en France ? Certains projets sont déjà réalisés, mais le niveau des investissements russes reste encore insignifiant. Avec l’Agence Française pour les Investissements Internationaux et la Mission Economique-UbiFrance, nous tâchons de remédier à cette situation. Nous espérons beaucoup que les discussions lors du forum donneront la possibilité aux entreprises russes de prendre connaissance avec les opportunités d’investissement en France, et par là-même d’accroitre le flux de capitaux russes dans notre pays.

Infox.ru : actuellement, les constructions de routes se développent activement en Russie sur la base de partenariats public-privé. Et dans le même temps des conflits sont apparus entre les associations qui s’opposent en particulier à l’abattage des forêts sur le tracé des routes. Comment ce problème est-il résolu en France ? Comment se met-on d’accord sur ces questions difficiles entre les associations, les structures gouvernementales et le monde des affaires ?

- Même dans les pays les plus développés, les projets faisant appel aux partenariats public-privé sont parfois confrontés à de nombreux problèmes sérieux, liés au mécontentement de l’opinion publique. La France n’est pas une exception. Dans la réalisation de tels projets, il faut toujours se rappeler que les partenariats public-privé sont un processus compliqué, qui nécessite l’implication de tout un ensemble d’intervenants. Ce ne sont pas seulement des structures gouvernementales et des sociétés exécutantes, mais aussi de simples citoyens. Nous essayons toujours d’instaurer un dialogue direct entre les parties, grâce auquel il est possible de faire passer des messages entre les différents protagonistes sur les avantages de tel ou tel projet, ce qui permet de trouver des compromis.

Infox.ru : la Russie et l’Europe sont en train d’effectuer un rapprochement systématique de leurs législations en matière de construction. D’après vous, dans quelle mesure ceci permettra-t-il d’intégrer les marchés de la construction russe et européen, et notamment russe et français ?

- Le secteur de la construction est l’un des moteurs stables du développement économique. Les associations professionnelles du bâtiment en France et en Russie collaborent étroitement et efficacement depuis de nombreuses années. La Russie a actuellement une approche de mise en œuvre des normes européennes de construction. Ceci devra sérieusement faciliter l’approche des marchés réciproques pour les entreprises des deux pays. Dans le futur, il est tout à fait probable qu’émergent tant des entreprises mixtes, que se développent des investissements directs dans les secteurs de la construction en France et en Russie.

Infox.ru : le XXIe siècle est le siècle des hautes technologies. De nombreux projets, comme par exemple le grand accélérateur de particules, ne peuvent être réalisés que dans le cadre de partenariats internationaux. Comment se développent la coopération entre la France et la Russie dans le domaine de l’échange de technologies et l’élaboration de projets de haute technologie communs ?

- Nous collaborons de matière étroite dans le domaine des hautes technologies et de la science. Il n’y a pas si longtemps, la société AREP a obtenu les droits pour la construction de Skolkovo, l’un des projets les plus ambitieux en matière d’innovations en Russie. Il y a des projets de construction au sein de cette cité, d’un centre de la Science et de la Recherche Alstom, la collaboration se développe également avec EADS. Il y a de nombreux projets, pour nous, la participation à Skolkovo est une étape importante dans le développement de nos relations bilatérales. D’ailleurs, le prix Nobel de chimie français Jean-Marie Lehn est entré dans le conseil scientifique consultatif de Skolkovo. Les équipes scientifiques française et russe collaborent avec succès depuis de nombreuses années, leurs résultats trouvent des applications en Russie, comme en dehors du pays.

Infox.ru : quelles sont les priorités dans les orientations actuelles de la collaboration entre les gouvernements français et russe ?

- Aujourd’hui, la Russie est un partenaire à part entière et important de la France dans de nombreux domaines. L’une des orientations importantes de notre collaboration se trouve dans le secteur pétrolier et gazier. La France est entrée dans les projets NordStream, SouthStream, et dans de nombreux autres projets d’extraction de matières premières. Nous collaborons activement dans le secteur militaire, créons des entreprises mixtes, les investissements français en Russie touchent l’industrie automobile, la pharmaceutique, l’agriculture, les services municipaux et beaucoup d’autres encore. Pour l’instant, je le répète, ce processus n’a d’application pratiquement que dans un sens. Mais il y a des choses qui bougent, comme par exemple avec l’acquisition par la compagnie « Ouralwagonzavod » de la société métallurgique française « Sambre et Meuse ».

Infox.ru : l’année dernière était l’année de la France en Russie. De nombreuses manifestations se sont déroulées sous son égide. Au cours de cette année, nous avons pu constater des simplifications dans les procédures de délivrance des visas schengen français pour les Russes. Nombreux sont ceux d’ailleurs qui ont obtenu des visas de cinq ans. Maintenant que cette année s’est achevée, doit-on s’attendre au retour de délais de délivrance plus longs et parfois injustes ?

- La France a toujours soutenu, et soutient la démarche de suppression des visas avec la Russie. Malheureusement, comme vous le comprenez, nous devons prendre en compte dans ce processus l’opinion de tous les états qui composent l’UE. Nous avons mis en place une « feuille de route », dans le cadre de laquelle d’ici quelques années nous pourrons appliquer l’exemption de visas. Dans le même temps, nous avons déjà allégé le processus de délivrance, comme vous l’avez bien noté. Après le premier visa, nous délivrons les visas suivants de durée plus longue, à entrées multiples, jusqu’à des périodes de 5 ans. Cette pratique se poursuivra et se généralisera.

publié le 10/06/2011

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