Interview - Elisabeth Barbier, Envoyée spéciale de la France en Libye

Quelles sont les initiatives françaises en cours pour résoudre la crise en Libye ?

A ce stade, il n’y a pas d’initiative nationale française. Ce que nous constatons en revanche, c’est qu’il y a beaucoup d’autres initiatives, et nous aimerions que ces initiatives réussissent. Quand j’ai pris mes fonctions, j’ai d’abord été en Algérie, en Tunisie, en Egypte, puis au Qatar et en Turquie. L’idée avec la Libye est d’encourager et de pousser le pays dans la bonne direction, ce qu’il ne peut pas faire par lui-même. Ce problème ne peut être résolu par des moyens militaires. Mais il appartient aux Libyens de trouver avant tout le cœur d’une solution, dans le cadre de l’Accord de Skhirat. Je crois que tout le monde est d’accord là-dessus.

Au sein de l’Union européenne, la France fait partie des pays les plus intéressés par ce qui se passe en Libye. Le Conseil des Affaires étrangères de l’Union européenne a adopté récemment une déclaration sur la Libye, et il y avait longtemps que l’Europe n’avait pas parlé de la Libye, presque un an. La déclaration souligne la nécessité de trouver une solution politique au problème.

Cette déclaration n’aborde pas la Libye seulement à travers le problème de l’immigration, elle insiste sur la nécessité de trouver une solution. Elle couvre également les efforts qui ont été faits par les pays voisins lors de leurs rencontres. L’Union africaine a également tenu une réunion sur le sujet et elle essaie de diriger les acteurs dans la même direction. Nous pensons que l’ONU a un rôle important à jouer, et nous espérons que le nouveau Secrétaire général insistera pour que la Libye reste un sujet important, puisqu’il semble accorder beaucoup d’attention à cette question.

Selon vous, quelle est le rôle de Khalifa Haftar Rôle dans ce conflit, et a-t-il les moyens de consolider le pays ?

Nous pensons qu’il a un rôle à jouer, clairement, et que les Libyens doivent se mettre d’accord sur une place pour Haftar. Cependant, nous ne croyons pas qu’il puisse conquérir la Libye. Il dit parfois : « Je vais aller à Tripoli, je vais chasser tous ces islamistes », etc. Nous ne pensons pas que cela soit faisable, cela conduira à un bain de sang, au chaos. Ce chaos sera ensuite utilisé par Daesh, par exemple, pour consolider ses positions en Libye. Si Haftar doit agir en tant que chef d’une armée nationale unie, il doit être sous contrôle civil.

publié le 24/02/2017

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