Visite à Moscou du président du Sénat Gérard Larcher

Photo : Fabienne Le Bihan / Anna Tikhomirova

Communiqué du Sénat

Le Président du Sénat, M. Gérard Larcher, et sa délégation ont eu un entretien, ce 26 février, avec le Président de la Fédération de Russie, M. Vladimir Poutine. Cet entretien, marqué à la fois du sceau de la franchise et de la tradition d’amitié entre la Russie et la France, a permis de passer en revue les principaux sujets de l’agenda international.

Concernant l’Ukraine, le Président Larcher a rappelé que les violations du cessez-le-feu intervenues après son entrée en vigueur le 15 février devaient cesser. Il revenait aux États ayant endossé les accords de Minsk et, singulièrement dans le cadre de cet échange, à la Russie et à la France, de faire en sorte qu’un respect plein et entier des accords par l’ensemble des parties intervienne sans délai.

Le respect plein et entier des accords constitue la pierre angulaire d’une sortie de crise et la clef préalable d’un allègement éventuel des sanctions, adoptées à l’unanimité par les États membres de l’Union européenne, comme le Président Larcher a eu l’occasion de le déclarer devant le Conseil de la Fédération réuni en assemblée plénière le 25 février.

Le Président Larcher a également indiqué au Président Poutine que la volonté de maintenir ouverts les canaux de dialogue parlementaire avait motivé son déplacement à Moscou. Comme les pouvoirs exécutifs, les pouvoirs législatifs devaient être en mesure d’échanger entre eux, sans remettre en cause le cadre qui s’imposait de part et d’autre.

Le Sénat français en particulier, assemblée des territoires, disposait d’une expérience approfondie dans le domaine de la décentralisation, inscrite dans les accords de Minsk. Il était ouvert à un partage d’expériences entre parlementaires des quatre États ayant endossé les accords sur ce thème.

Plusieurs sujets d’intérêt commun ont également été abordés : la lutte contre le terrorisme lié à l’islamisme radical, la nécessaire stabilisation de la situation au Proche-Orient et la protection des Chrétiens d’Orient.

Intervention du Président du Sénat, M. Gérard Larcher, en séance plénière du Conseil de la Fédération de Russie Mercredi 25 février 2015 à 10 heures

Madame la Présidente du Conseil de la Fédération de Russie,
Mesdames et Messieurs les Présidents de Commission,
Mesdames et Messieurs les Membres du Conseil,

C’est un grand honneur que vous m’accordez aujourd’hui en me donnant l’occasion de vous saluer et de prendre la parole depuis cette tribune - et il s’agit d’une première, je crois, pour un Président de Sénat étranger. Je vous remercie de cet honneur. J’y vois une marque de la longue amitié qui unit nos deux assemblées et, plus généralement, la Russie et la France.

Cette amitié, nous l’avons célébrée ensemble, hier matin, lors d’une cérémonie d’hommage au soldat inconnu. Alors que nous vivrons bientôt les commémorations du 70e anniversaire de la fin de la 2nde guerre mondiale, et malgré la distance du temps, le Sénat français et la France n’oublient pas ce qu’ils doivent à tous ceux qui ont combattu pour une cause juste : la fin des totalitarismes fasciste et nazi. Ils n’oublient pas le sacrifice héroïque de tant d’hommes et de femmes qui, dans votre pays, se sont mobilisés pour défendre leur patrie et contribuer à libérer l’Europe. Ils n’oublient pas non plus les Français qui ont combattu à vos côtés sur le front de l’est, au sein de l’escadron de chasse Normandie Niemen.

Cette amitié, nous venons de la célébrer ce matin même, devant le monument dédié au Général de Gaulle, à deux pas de l’Hôtel Kosmos. Le gaulliste que je suis sait le prix que le Général de Gaulle accordait à l’alliance avec la Russie : il se rendit ici même, à Moscou, c’était en décembre 1944, pour la sceller. Alors que sur le front occidental les Alliés avançaient plus difficilement qu’ils ne l’escomptaient et que le Général était soucieux de la place de la France parmi les nations victorieuses, c’est de cette alliance, à la négociation parfois difficile, que naquit la relation si singulière entre votre pays et le mien, relation irréductible aux tensions ou aux liens d’amitié pouvant exister par ailleurs avec d’autres partenaires communs.
Cette relation si singulière s’est inscrite dans une perspective résolument européenne.

Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs,
Chers collègues,

Les liens ancrés dans l’histoire qui nous unissent et les commémorations auraient à eux-seuls justifié notre déplacement parmi vous. Ce n’est pourtant pas la seule raison de notre présence aujourd’hui, en réponse à votre invitation, chère Madame la Présidente. J’ai la conviction que nos assemblées, dans les moments difficiles peut-être plus encore que dans les périodes sans heurt, doivent poursuivre leur dialogue.

Dialoguer, ce n’est pas constater que l’on est d’accord sur tous les sujets. C’est en revanche avoir la ferme conviction que les échanges constituent une étape vers une meilleure compréhension réciproque. Comme les pouvoirs exécutifs, les pouvoirs législatifs doivent dialoguer.

J’ai donc choisi la voie de dialogue qui est aujourd’hui offerte au Conseil de la Fédération de Russie et au Sénat français : nous voici donc parmi vous !

Vous l’aurez compris : je suis un partisan convaincu d’une diplomatie parlementaire assumée, qui appuie ou complète la diplomatie traditionnelle, sans constituer pour autant une diplomatie parallèle. Dans la tradition républicaine et constitutionnelle qui est la nôtre, je suis aussi venu ici pour réaffirmer les positions de l’Exécutif français.

L’actualité montre à quel point le dialogue à tous les niveaux et les liens entre nos deux pays sont plus que jamais nécessaires. Ma visite s’inscrit d’abord dans le contexte qui suit les terribles attentats dont fut victime le peuple français les 7, 8 et 9 janvier 2015. J’ai eu l’occasion de l’évoquer lors de mon entretien avec Madame Matvienko et je tiens à le redire : je remercie vivement votre assemblée pour le témoignage de solidarité et de soutien alors manifesté à la France.

A Paris, puis à Copenhague, le terrorisme s’en est pris à la liberté d’expression, aux forces de l’ordre et aux citoyens de confession juive. Je n’oublie pas combien la Russie a de son côté souffert du terrorisme. La France, comme la Russie, ne stigmatisent en rien une religion, l’Islam, mais je le dis ici solennellement : le terrorisme islamiste est notre ennemi commun, parce qu’il bafoue la société en laquelle nous croyons.

Les parlements ont une responsabilité éminente pour le combattre : ils doivent trouver le juste équilibre entre les impératifs de sécurité et le respect des libertés publiques. Le Sénat français est ouvert au dialogue sur ce sujet.

Ma visite intervient aussi alors que Minsk a été, à l’initiative de la chancelière Angela Merkel et du Président François Hollande, le 12 février 2015, le lieu d’accords sur la situation dans certaines régions de l’Est de l’Ukraine. Ces accords intervenus en format dit "Normandie", c’est à dire entre Européens, et permettez-moi de me référer ici à l’Europe de l’Atlantique à l’Oural chère au Général de Gaulle, constituent une étape positive dans la désescalade et la mise en place d’un processus de règlement du conflit. Le Conseil de Sécurité des Nations unies a d’ailleurs endossé ces accords le 17 février, lors d’un vote unanime.

Il nous faut veiller à l’application pleine et entière de ces accords, c’est-à-dire faire en sorte qu’ils soient corroborés par des actes sur le terrain. Les quatre ministres des Affaires étrangères réunis hier à Paris en format Normandie l’ont souligné : les violations constatées depuis le 15 février des accords de Minsk ne sont pas tolérables. Le respect du cessez-le-feu doit être total. Le respect intégral et durable des accords demeure la pierre angulaire d’une sortie de crise et la clef préalable de l’allègement éventuel des sanctions.

Nos parlementaires auront l’occasion, nous l’espérons, dans le cadre de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE, de suivre l’application des accords et l’évolution de la situation. Je me rendrai pour ma part à Berlin, la semaine prochaine, afin d’évoquer avec mes homologues allemands du Bundesrat et du Bundestag cet aspect essentiel pour la sécurité de l’Europe, et la contribution que pourraient apporter les Parlements de nos quatre pays, au travers notamment du processus politique de décentralisation en Ukraine. Notre pays, en matière de décentralisation, dispose d’une expérience qui date de plus de 25 ans.

Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs les Membres du Conseil,

Lors de sa présence à Moscou en 1966, le Président de Gaulle appelait de ses vœux -je cite- le "rétablissement de l’Europe en un ensemble fécond". La France a toujours été convaincue que cet ensemble fécond n’avait de sens qu’avec la Russie, dans le respect partagé des nations et des États, et le refus de toute hégémonie. L’Europe, marquée par les plaies profondes de l’histoire, ne peut plus se permettre de retomber dans les divisions du passé. Ni la Russie, ni la France, ni l’Union européenne n’y ont intérêt. Au contraire : nos intérêts économiques et de sécurité nous conduisent naturellement à briser le "charme malfaisant" des dissensions. C’était le mot du Général de Gaulle.

Je suis venu vers vous, en des circonstances graves, à l’invitation de votre Présidente, avec cette vision d’une relation fondée, à la fois, sur le sentiment et la raison, pour maintenir ouverts tous les canaux de dialogue et réaffirmer la volonté du Sénat français de tisser avec le Conseil de la Fédération un lien solide, un lien franc, un lien responsable, de respect et d’amitié.

Vive le Conseil de la Fédération.
Vive l’amitié entre nos deux assemblées parlementaires.

publié le 03/03/2015

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