Avis d’experts : les films policiers célèbres

Le 9e Festival International du Film Policier de Beaune se tient du 29 mars à 2 avril. A cette occasion nous avons proposé aux personnels du Service de sécurité intérieure régional de Moscou, représentants la Direction de la coopération internationale du Ministère de l’Intérieur, de partager leur avis sur les films policiers français les plus populaires en Russie.

Direction commune à la police nationale, à la gendarmerie nationale, et a la sécurité civile et la gestion de crises, la direction de la coopération internationale (D.C.I.) est composée de policiers et gendarmes qui œuvrent, à la mise en œuvre des actions de coopération internationale entre la France et ses partenaires étrangers, en vue de protéger les citoyens et les intérêts nationaux. Le Service de Sécurité Intérieure est composé d’un Attaché de Sécurité Intérieure régional, secondé par un Attaché de Sécurité Intérieure régional adjoint et par un officier de liaison. Le SSI conduit des échanges à la fois opérationnels et techniques avec les forces de sécurité de la Fédération de Russie mais également avec celles des républiques du Kazakhstan, d’Ouzbékistan et du Kirghizistan.

ASIR – Attaché de Sécurité Intérieure Régional, ASIRA – Attaché de Sécurité Intérieure Régional Adjoint, ODL – Officier de liaison

1. MR 73 (2008)

ODL : On commence par MR 73. C’est un Manurhin.

ASIR :C’est un modèle Manurhin MR 73, c’était une arme française en dotation dans les services de la Police Nationale et de la Gendarmerie.

ASIRA : Ce revolver est toujours en dotation en Gendarmerie au sein du Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN).

ODL : Le titre du film est traduit en russe comme « Une Fois à Marseille ». Le titre en français à beaucoup plus de sens pour un policier français. Si je ne me trompe pas ; c’est tiré d’une histoire vrai. C’est l’histoire d’un enquêteur qui perd sa fille dans une situation trouble. Je trouve que Daniel Auteuil joue très bien, mais ce n’est pas un film qui m’a beaucoup marqué.

2. Fantomas (1964)

ASIRA : Jean Marais, Louis de Funès, Mylène Demongeot, c’est un vieux film – 1964. C’est une très bonne comédie, mais très peu réaliste pour la partie policière. C’est un très bon divertissement qui donne une image sympathique de nos forces de police car même si Fantomas déjoue tout le temps les plans du commissaire, le commissaire reste attachant.

ASIR : En réalité le personnage principal est le journaliste Fandor, ce n’est pas le commissaire Juve donc ce n’est forcément pas un bon film (rires). Le commissaire arrive toujours en retard. Et la Police française arrive toujours en avance ! 

3. Garde à vue (1981)

ASIRA : Là , nous sommes davantage dans la réalité professionnelle.

ASIR : Je pense que c’est un des films les plus proches de la réalité dans l’aspect psychologique, dans la relation qu’il peut y avoir dans une enquête entre une personne suspectée et un policier.

ASIRA : Oui, c’est un bras de fer psychologique entre l’enquêteur et le suspect – qui craquera le premier durant le temps de garde à vue, qui reste relativement courte – 48h. Pendant ce temps les deux parties exercent une pression respective. Cela reflète vraiment ce qui se passe dans une enquête judiciaire lorsqu’une garde à vue est déclenchée.

ASIR : C’est très proche de la réalité dans la dimension psychologique mais c’est vrai que, compte tenu de la date de sa réalisation, il n’intègre pas une partie extrêmement importante de l’enquête de nos jours , il s’agit de la police technique et scientifique. La police technique et scientifique commence réellement à prendre de l’importance à la fin des années 1980 – début des années 1990. Avant, l’enquête c’était l’accumulation d’un certain nombre d’élément à travers le voisinage, les auditions de témoins et les constatations sur la scène d’infraction. Avant on faisait des photos pour fixer la scène d’un homicide ou d’autre chose, on passait de la poudre pour chercher les empreintes…Maintenant c’est complètement diffèrent. Maintenant on fait des travaux extrêmement pointus. Ce qui fait la richesse de l’enquête c’est la conjonction de l’approche traditionnelle qu’on peut retrouver un peu dans ce film avec le travail de la police technique et scientifique. La police technique et scientifique c’est quelque chose de fondamentale, d’essentielle, on ne peut pas s’en passer mais il ne faut pas renier toute les actes traditionnelle de l’enquête de police : l’enquête de voisinage, le recherche de témoins, les informateurs, etc. Il y une partie additionnelle qui ne doit pas faire oublier la partie traditionnelle. Il y a des jeunes générations qui attendent des miracles de la police technique et scientifique et qui ont tendance à un peu oublier la partie recherche de renseignements. Il ne faut pas oublier une dimension au profit d’une autre.

ASIRA : Mais au moment où ce film est sorti, il était très réaliste parce qu’à l’époque la preuve ultime c’était l’aveu. Si on réussissait à faire avouer un suspect, c’était gagné devant le tribunal. Aujourd’hui c’est différent. Le tribunal ne se satisfait plus d’un aveu et le suspect peux revenir sur ses aveux. C’est pour cela, qu’aujourd’hui, ce film est peut-être moins réaliste pour la partie enquête judiciaire dans sa globalité, mais il reste réaliste dans sa dimension psychologique.

ASIR : Oui, l’aveu a été la reine des preuves. Ce n’est plus vrai. Mais il ne faut pas qu’un indice trouvé par la police technique et scientifique devienne la reine. La preuve c’est l’ajout de toute une série de éléments. Mêmes les négations. Il n’y a pas de reine des preuves.

4. Inspecteur la Bavure (1980)

ODL : Oh la la, c’est le film de Zidi avec Coluche qui joue le fils d’un grand policier bien connu. Coluche a été un des humoristes les plus polémiques, je pense.

ASIR : Coluche s’est tout de même présenté aux élections présidentielles. Il a retiré sa candidature au dernier moment mais cela reste un fait. Et il avait également simulé un mariage avec une autre humoriste célèbre de l’époque, Thierry Le Luron.

ASIRA : Aussi, le personnage de l’inspecteur sort juste de l’école de police ; son père était un policier célèbre mort en service et il est fils unique d’une mère hyper protectrice.

ODL : Il sort de l’école et il est dernier dans le classement. Dans la police à la fin des études il y a un classement, et en fonction de ta place tu prends choisie ton poste. Et au fur et au mesure les postes s’effacent et les derniers dans le classement ne choisissent plus vraiment , ils prennent ce qui reste . Du coup le personnage de Coluche arrive dans un commissariat et il se retrouve impliqué dans un affaire où il doit rechercher l’ennemi public no 1 joué par Gérard Depardieu.

5. Les Ripoux (1984)

ODL :C’est une comédie avec Philippe Noiret et Thierry Lhermitte. L’histoire des Ripoux : le personnage de Lhermitte, un jeune inspecteur fraîchement sorti de l’école, se trouve affecté dans un commissariat parisien dans un quartier populaire, puisque c’est Barbès. Et il se retrouve binômé avec le personnage de Philippe Noiret. Un flic à l’ancienne dans le mauvais sens du terme. Il a une fâcheuse tendance à avoir beaucoup, beaucoup de bons plans. Lhermitte découvre ça avec stupéfaction mais, après, il va se rendre compte que les combines de son collègue dans certaines situations sont nécessaire pour obtenir une certaine paix social. Il va devenir presque plus ripoux que Noiret. Un film extraordinaire.

ASIR : C’est une caricature, mais pour être honnête il y a eu une certaine époque, quand il y avait une certaine proximité entre, par exemple, les petits commerces et les policiers. Ce n’était pas de l’ampleur de ce film mais il y avait effectivement ce type de risque.

ASIRA : C’était peut-être encore plus flagrant chez les gendarmes, puisque les gendarmes sont le plus souvent dans les zones rurales ou péri-urbaines, donc, au contact avec les producteurs. Ils obtenaient beaucoup de renseignements, mais certains recevaient régulièrement des produits du terroir. Il y avait des avantages en nature qui sont désormais totalement interdits et très surveillés. Il est interdit d’accepter un quelconque cadeau de qui que ce soit. Mais il y a 30 ans ces pratiques existaient. Maintenant, c’est très différent.

6. Taxi (1998)

ASIRA : Ce n’est pas un film policier. C’est une comédie, il y des belles scènes de course-poursuite mais c’est tout. Le commissaire et son équipe sont totalement inefficaces. Pour ce qui est du permis de conduire, les gendarmes et les policiers non détenteurs du permis de conduire sont formés en école ou en sortie d’école. Par exemple, lorsque les gendarmes adjoints volontaires n’obtiennent pas le permis, ils ne sont pas affectés en unités opérationnelles à faible effectif. Le permis de conduire demeure impératif pour devenir policier ou gendarme.

En revanche, un policier ou un gendarme peut se voir retirer son permis de conduire en raison d’une perte totale des points disponibles : en France, nous avons un système de permis de conduire à points et lorsqu’on commet une infraction au code de la route, on peut se voir sanctionné d’une amende, mais aussi se voir retirer un ou plusieurs points sur le permis. Après certaines infractions, un policier ou un gendarme peut donc se retrouver sans permis par faute de points.

7. Le Gendarme de Saint-Tropez (1964)

ASIR : Ce qui est particulièrement intéressant, ce sont les rapports au sein d’une caserne et les rapports qui peuvent être conflictuels entre le chef de la brigade et son adjoint.

ASIRA : Pour la partie professionnelle, c’est une caricature de la gendarmerie : les gendarmes ne sont pas sur les plages à lutter contre les naturistes. En revanche, comme dans la série Une Femme d’honneur – série sur la gendarmerie – ce film montre bien les relations internes, les contraintes et les impératifs liés à la vie du gendarme en caserne. Les gendarmes, ainsi que leurs familles, vivent sur leur lieu de travail. Souvent, les logements familles sont situés au-dessus des bureaux, ce qui impacte généralement la vie au quotidien. Lorsque les militaires sont amenés à se déplacer, les épouses restent sur place avec les enfants. Il peut y avoir des tensions et des problèmes qui apparaissent, conduisant à une gestion par le commandant d’unité et son adjoint. La vie en caserne peut être parfois très pesante, très dure à vivre pour les familles de gendarmes. A contrario, elle peut être très sécurisante pour les conjoint(e)s, notamment lors des absences des militaires.

ASIR : Dans ce film, ces relations entre l’épouse du commandant de brigade, celle de son adjoint et des autres gendarmes y sont dépeintes.

ASIRA : S’il existe une hiérarchie de grade chez les militaires, il peut parfois en exister une de fait chez leurs épouses. C’est ce que ce film peut aussi dépeindre d’une manière parfois caricaturale.

8. De l’autre côté du périph (2012)

ASIRA : Cette comédie caricature les relations conflictuelles peuvent exister entre les policiers parisiens « intra-muros » et les services de police des banlieues. A ce titre, l’affiche est très explicite : un policier blanc des beau quartiers, en costume sur mesure parlant avec déférence et respect envers les habitants de son secteur mais avec hauteur voire condescendance envers les policiers de banlieue, en particulier envers un policier de couleur, dont l’idole est Eddie Murphy dans « Le flic de Beverly Hills ». Ce dernier se montre incisif et plus flexible au regard du règlement dans la recherche de preuves. Obligés de travailler ensemble, les 2 policiers subiront des influences mutuelles, amenant des transformations personnelles, professionnelles et psychologiques dans la manière de voir l’autre et son travail.

ODL : Ce film ne reflète pas du tout la réalité – les policiers du 16eme arrondissement ne sont pas forcément en costume-cravate, tout comme les policiers des banlieues ne sont pas à l’image d’Omar Sy : le réalisateur utilise des clichés.

9. 36 quai des Orfèvres (2004)

ASIRA : C’est un film que j’aime beaucoup. Une histoire des relations conflictuelles entre le patron de la BRI (Brigade de recherche et d’intervention) et le patron de la BRB (Brigade de répression du banditisme).

ASIR : C’est un thème que revient assez souvent dans les films policiers – les conflits entre les services et la concurrence entre les patrons.

ASIRA : Dans ce film, le chef de la BRI (Depardieu) veut devenir le directeur du 36, quai des Orfèvres et se trouve face au patron de la BRB (Auteil), le prétendant naturel au poste, lequel ne demande rien. Le chef de la BRI a tellement peur de ne pas être choisi comme nouveau patron de la police judiciaire qu’il tend un piège au patron de la BRB. Le film se poursuit sur sur la vengeance du second dont la vie a été détruite sur un coup-monté. En revanche, pour ce qui est de l’aspect réalisme, ce film ne reflète pas la réalité professionnelle.

ASIR : La question la plus importante soulevée par ce film est : comment faire passer ses ambitions personnelles avant l’intérêt du service ?

10. Maigret tend un piège (1958)

ASIR : Je possède la collection complète des enquêtes de commissaire Maigret de Georges Simenon. Ce sont d’excellents livres. Plusieurs acteurs ont joué le rôle du commissaire. Dans ce film, l’acteur est Jean Gabin. Ce que j’aime beaucoup dans les films du commissaire Maigret, c’est l’atmosphère. Lorsqu’il veut dépeindre une affaire policière, l’auteur nous plonge dans l’atmosphère du milieu dans lequel l’affaire se déroule. Simenon a le don de nous faire respirer cette atmosphère et le milieu dans lesquels se déroulent les faits. Mais ceci est plus perceptible dans la littérature que dans les films.

ASIRA : C’est un très bon film ! Contrairement à ce que l’on peut voir dans de nombreuses séries policières d’aujourd’hui, où en moins de 45 minutes on vous règle une enquête comme si elle ne durait que 2 jours, les enquêtes de Maigret nous installent dans la durée de l’enquête, avec ses moments forts, ses lenteurs, son dénouement. Chaque pièce de la procédure doit s’installer progressivement dans un ordre très précis. Ce n’est qu’en mettant bout à bout toutes les pièces de son enquête, que Maigret va établir les fondations solides et inattaquables de sa procédure.

11. Les Rivières pourpres (2000)

ODL : L’histoire est très intéressante d’un point de vue cinématographique : les acteurs sont formidables et le réalisateur a réussi à nous plonger dans une atmosphère à la fois sombre, humide voire glauque.

ASIR : Mais, il ne faut surtout pas croire que la Savoie n’est pas une belle région ! Bien au contraire.

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publié le 04/04/2017

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