Ambassadeur de France en Russie : "Je souhaite que la Russie soit mieux connue en France"

Cette affectation à Moscou n’est pas une première pour vous, vous avez travaillé ici au cours de la seconde moitié des années 80. Qu’est ce qui a changé depuis selon vous ? Quelle impression dégage aujourd’hui la ville ?

C’est un grand honneur pour moi de représenter la France en Russie. Je suis très heureuse de découvrir à nouveau Moscou. J’ai vécu ici au temps de l’Union soviétique et à l’époque la ville était beaucoup plus triste, moins animée. Aujourd’hui c’est une très belle ville où il fait bon se promener. Et j’ai de la chance, je suis justement arrivé la veille d’une fête majeure, à savoir le 870e anniversaire de Moscou.

Quelles autres villes russes souhaiteriez-vous également visiter ?

J’aime beaucoup voyager et découvrir le pays profond. Les villes inaccessibles du temps de l’Union soviétique m’intéressent. Je voudrais visiter Nijni Novgorod et me rendre en Extrême Orient. Ayant été ambassadeur en République populaire de Chine, je serais curieuse de visiter Vladivostok et Khabarovsk qui se trouvent non loin de la Chine.

Vous avez récemment rencontré le Vice-ministre des Affaires étrangères russes Monsieur Alexeï Mechkov et abordé le programme des contacts politiques entre nos deux pays d’ici la fin de l’année. Quelles visites pouvons-nous espérer ?

Une réunion du Conseil économique, financier, industriel et commercial franco-russe (CEFIC) présidée par le ministre de l’Economie et des Finances de la France Monsieur Bruno Le Maire et le Ministre du Développement économique de la Fédération de Russie Monsieur Maxime Orechkine se tiendra à la fin de l’année. En outre, l’ex-ministre Jean-Pierre Chevènement se rendra en visite à Moscou.

Nous préparons bien entendu la visite du Président français Emmanuel Macron. La date n’est pas encore connue mais le Président de la République a accepté l’invitation du Président Poutine à se rendre en Russie.

Le Ministre des Affaires étrangères russes Sergueï Lavrov et le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian se sont déjà rencontrés par trois fois depuis le mois de mai. Ils ont discuté de la Syrie, de l’Ukraine et des relations entre les milieux d’affaires russes et français. Sur lequel de ces sujets une percée est-elle envisageable ?

Nous espérons des avancées dans chacun de ces dossiers. Les négociations entre les chefs de la diplomatie des deux pays ont été très productives sur l’ensemble des thématiques. Et particulièrement en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme qui est le domaine de coopération de plus important avec la Russie.

La coopération avec la Russie sur la Syrie est également importante pour nous. Nous œuvrons à un règlement rapide de la crise syrienne notamment parce que c’est depuis ce pays qu’ont été planifiés les attentats en France.

Nous coopérons par ailleurs sur la résolution du conflit en Ukraine. Il y a lieu de noter que personne n’adopte des sanctions pour le plaisir. S’il est possible de les lever nous le ferons, mais cette levée des sanctions est liée à la mise en œuvre des obligations au titre des Accords de Minsk.

En ce qui concerne l’économie, nous aimerions augmenter le niveau des investissements croisés.

Le Président français Emmanuel Macron a proposé de créer un groupe de contact international sur la Syrie. Quelle pertinence revête la création d’un nouveau format alors que fonctionnent déjà les plateformes de négociations d’Astana, de Genève et le Groupe international de soutien à la Syrie ?

Le processus d’Astana, qui est très utile, vise à consolider le régime du cessez-le-feu. Nous entrons à présent dans la phase politique de la résolution.

Nous pensons que les cinq membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur lesquels repose une responsabilité particulière doivent constituer le cœur du nouveau format de pourparlers. La composition de ce groupe peut être légèrement élargie mais le format restera néanmoins plus restreint que les mécanismes de négociations existants. Il va de soi que la Russie est appelée à jouer un rôle majeur dans ce groupe en tant que membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies et en tant que pays qui a un rôle déterminant « sur le terrain ».

A quel niveau se tiendront les rencontres dans le cadre du Groupe de contact ?

Pour l’heure, la préparation des travaux du groupe se déroule aux Nations Unies au niveau des experts et des représentants permanents. Mais dès que le groupe sera formé des rencontres pourront avoir lieu au niveau des ministres.

Le Président Vladimir Poutine a proposé de déployer une mission de l’ONU sur la ligne de contact dans le Donbass pour assurer la protection de la mission de l’OSCE. Quelle est la position de la France sur cette question ?

Nous trouvons cette proposition très intéressante. Dans tous les cas, elle mérite d’être plus amplement étudiée. La semaine de réunions de haut niveau de la session de l’Assemblée Générale des Nations Unies s’est achevée, les experts peuvent maintenant commencer à travailler sur le texte de la résolution.

Le Premier ministre de la République Monsieur Edouard Philippe a déclaré qu’avant le 1er novembre les autorités françaises avaient l’intention de raccourcir à 48 h la procédure de délivrance de visas touristiques pour les citoyens de dix nouveaux pays. Est-ce que tout est prêt en Russie pour cela ?

Cette décision sera mise en œuvre dans les délais. La France est la destination touristique la plus populaire au monde et nous serons ravis d’accueillir encore plus de Russes. D’ailleurs, le nombre de touristes russes en France cette année a considérablement augmenté.

Au cours de la visite du président russe en France, les chefs d’Etat des deux pays se sont mis d’accord pour créer ce que l’on a nommé le Dialogue de Trianon. A quoi ressemblera-t-il ?

Il est essentiel à nos yeux que les rencontres n’aient pas lieu uniquement au niveau des présidents et des ministres des deux pays mais qu’elles réunissent des représentants de la société civile et de la jeunesse. C’est la raison pour laquelle les présidents ont pris la décision de créer le forum Dialogue de Trianon. Ce ne sera pas seulement une enceinte de rencontres, de colloques et de séminaires, nous voulons mettre sur pied une plateforme numérique favorisant les contacts directs entre les participants.

L’année 2018-2019 a été baptisée Année des langues et littératures russe et française. Racontez-nous, quels évènements seront organisés dans nos pays ?
Nous venons tout juste de prendre cette décision et travaillons à l’élaboration d’un programme d’actions concret. Un évènement de taille est prévu à Paris l’année prochaine, la foire du livre, où la Russie est invitée d’honneur, et il sera ainsi possible de se familiariser avec la littérature russe, en particulier avec les auteurs contemporains.

En Russie aussi seront organisés des évènements bien entendu. J’ai rencontré les directeurs des plus grands théâtres russes. Leurs programmes sont très intéressants et nombre d’entre eux sont élaborés conjointement avec la partie française. Il serait également intéressant d’organiser des rencontres entre des écrivains français et russes.

Aimez-vous la littérature russe ? Quel est votre livre préféré ?

J’ai lu tous les classiques russes. Mes écrivains russes préférés sont Tolstoï et Tchekhov. Pour ce qui est de mon livre préféré ce sont les nouvelles (Рассказы) de Tchekhov. Mon poète préféré est Anna Akhmatova.

J’espère avoir l’occasion de découvrir aussi la littérature russe contemporaine. En tant qu’ambassadeur en Chine et au Royaume-Uni, j’ai régulièrement rencontré des écrivains. J’aimerais poursuivre ces rencontres à Moscou également.

Le magazine américain Vanity Fair vous a classée 7e parmi les personnes les plus influentes de France. Que pensez-vous de l’influence grandissante des femmes dans la politique internationale ?

En ce qui concerne le classement de Vanity Fair, je pense que mes nombreuses interventions dans les médias britanniques au moment du Brexit ont joué un rôle considérable. C’est justement pour cela que l’on s’est souvenu de moi comme du visage de la diplomatie française.

Lorsqu’on me pose la question du problème d’égalité entre les hommes et les femmes, je cite souvent un proverbe chinois : « Les femmes portent la moitié du ciel ». Cela signifie que la parité est importante.

Quels objectifs professionnels et personnels visez-vous durant cette affectation ?

Je suis heureuse d’être à nouveau ambassadeur dans un pays membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies. J’espère pouvoir apporter ma contribution aux relations entre nos pays dans de nombreux domaines et je souhaite que la Russie soit mieux connue en France.

J’aimerais également connaître ce pays le mieux possible. Mes objectifs professionnels et personnels se chevauchent ici. En outre, je projette de parfaire mon russe puisque cela fait longtemps que je n’ai pas eu la possibilité de le parler.

publié le 28/09/2017

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