Allocution de l’Ambassadeur de France en Russie au cimetière de Vvedenskoe (11 novembre 2020) [ru]

Monsieur le ministre,
Messieurs les représentants des Français de l’étranger,
Messieurs les attachés de Défense,
Chers représentants des associations, des écoles françaises et Normandie-Niemen,
Chers amis russes,
Chers compatriotes,
Mesdames, Messieurs,

Il y a 102 ans, à la onzième heure du onzième jour du onzième mois de l’année 1918, était signé à Rethondes, dans la forêt de Compiègne, l’armistice mettant fin au premier conflit mondial. A cette heure précise, dans toute la France, les cloches sonnaient à la volée et, au front, les clairons sonnaient le cessez-le-feu.

Aujourd’hui en France, du plus modeste monument aux morts dans chaque village, jusqu’aux cérémonies de l’Arc de Triomphe à Paris, le 11 novembre est l’occasion de rappeler à toutes les générations l’ampleur des sacrifices consentis. La Grande Guerre a coûté au monde la mort de 9,7 millions de combattants. L’Allemagne, la Russie et la France ont subi les plus lourdes pertes. La grippe espagnole, dont nous percevons aujourd’hui sans doute mieux les conséquences à l’heure de la COVID-19, sera encore plus meurtrière au lendemain de la guerre.

Nous sommes réunis aujourd’hui dans ce modeste carré français du cimetière de Vvedenskoe qui redevient chaque année, le temps d’une cérémonie, le monument aux morts des Français vivant à Moscou.
Nous honorons ici les soldats français et tous ceux des autres Nations tombés sur notre territoire, avec une pensée particulière pour ceux qui, venus d’autres horizons, ont combattu sous l’uniforme et le drapeau
français. Notre gratitude leur est à jamais acquise.

Je salue tous ceux qui témoignent par leur présence à nos côtés de leur attachement à la commémoration du 11 novembre 1918 et aux liens avec la France. Je remercie aussi les militaires russes qui contribuent par l’excellence de leur implication à la solennité de cette cérémonie.

Ayons aussi une pensée tout particulière pour les 20 000 soldats russes qui combattirent de juin 1916 à mai 1917 sur le front de Champagne. Plus de 8 000 d’entre eux sont tombés en terre française. Ils reposent dans les cimetières français et au cimetière militaire russe de Saint-Hilaire-le-Grand dans la Marne.

N’oublions pas que dès le début des hostilités et alors qu’elle n’avait pas achevé sa mobilisation, la Russie resta fidèle à l’alliance franco-russe en lançant son offensive en Prusse Orientale qui contribua certainement à la victoire de la Marne.

Commémorer, c’est regarder le passé pour rester fidèles à la mémoire de nos aînés qui ont donné leur jeunesse et leur sang pour leur patrie, garder à l’esprit les terrifiantes épreuves traversées par notre Europe et
le monde.

Commémorer, c’est regarder devant nous en puisant dans cette tragédie de la force pour ne pas reproduire l’engrenage fatal des nationalismes. C’est ainsi qu’au fil des décennies, la commémoration de cet armistice est devenue le symbole de la paix, née de la réconciliation franco-allemande et de la construction de l’Europe. Une Europe de paix et de liberté, unie par la seule volonté des nations qui la composent, et qui demeure incontestablement la garantie essentielle contre la répétition du désastre de la guerre sur notre vieux continent.

Vous qui reposez ici, soldats de la Grande armée ou héros de l’épopée du Normandie-Niemen tombés au champ d’honneur, vous le savez mieux que quiconque.

Vive la Russie !
Vive la république !
Vive la France !

publié le 11/11/2020

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